Edito

Après la décapitation, l’indignation sélective

J.B. / 18 novembre 2014

Après la décapitation d’un Américain par l’EI (Etat Islamique), François Hollande a utilisé le terme de « crimes contre l’Humanité ». Il a qualifié également cet acte de « barbare ». Le premier ministre lui a emboîté le pas dans les commentaires comme dans le vocabulaire. Pourquoi les autres victimes locales n’ont-elles pas donné lieu à de véhémentes condamnations ?

En effet, comment ne pas être indigné quand on voit et entend les conditions d’exécutions du jeune soldat américain reconverti dans l’humanitaire ? L’horreur est dans les détails. Cela exprime les capacités de l’EI de maîtriser l’art de la mise en scène médiatique pour toucher les émotions des Occidentaux. Mais alors que penser des autres victimes d’actes aussi barbares et lâches fomentés par milliers, par les mêmes ? Quels sont les critères pour justifier l’indignation sélective à la suite de cette exécution ? Pour ne prendre qu’un exemple, dans la ville syrienne de Kobané, assiégée par les groupes de l’EI, bombardée durant de long mois, on dénombre plus de 1200 Kurdes tués ; ils étaient totalement livrés aux feux nourris des criminels ; ils sont tombés en dépit de l’appel à l’aide lancé à la coalition militaire. Quels ont été les commentaires des chefs d’Etat européens, les mêmes, et quels ont été leurs aides concrètes pour éviter pareil carnage ? N’est-ce pas facile après coup de se lancer dans des réactions qui apparaissent aux yeux des commentateurs comme partiales ?

Les Américains qui sont à l’origine de l’invasion de l’Irak, suite à des mensonges technogrotesques, proférés du haut de la tribune de la vénérable institution Onusienne, se sont-ils indignés après avoir bombardé ce grand pays millénaire et détruit la vie de tout un peuple ainsi que ses institutions souveraines ? N’est-ce pas suffisant pour que les Américains soient traduits devant le CPI (Cours Pénale Internationale) ? Au-delà du crime étatique, Américains et Français se sont donné la main pour abattre Assad de Syrie. Le président Hollande a reconnu avoir distribué des armes, aidé, armé et formé des cadres syriens qui opèrent aujourd’hui au sein de l’EI.

Pour quels résultats ? Est-ce que l’EI, après avoir bien appris, ne renvoie pas aux Occidentaux leur propre image ?


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