Edito

Après les planteurs, les fonctionnaires…

J.B. / 12 février 2015

En 2001, l’Union européenne a commencé à remettre en cause les règles de son marché du sucre. C’était avec l’initiative « Tout sauf les armes » qui permet à des pays d’exporter vers l’Europe tout ce qu’ils produisent sans quota ni droit de douane. Pour le sucre, « Tout sauf les armes » devait s’appliquer en 2009, l’échéance a été respectée. Elle a entraîné la disparition du Protocole Sucre, et donc la fin du prix garanti pour le sucre produit à Maurice.
Parallèlement, l’Europe décidait de se plier aux règles de l’OMC. Condamnée par un jugement du tribunal des différends, elle s’est exécutée et a changé son règlement sucrier.
La condamnation était tombée avant la parution du règlement sucrier 2006-2013. A ce moment, le PCR avait lancé l’alerte. Il proposait à la filière de s’organiser pour faire face à une fin des quotas et du prix garanti qui allaient survenir tôt ou tard.
Chez nos voisins, la menace était prise très au sérieux. Les Mauriciens ont donc débattu de l’avenir de la filière canne, ont défini une restructuration et l’ont mise en œuvre pour être prêts quand allait tomber le prix garanti. Le moment venu, ils étaient prêts, et ils ont continué à vendre leur sucre.

À La Réunion, le statu quo a été maintenu en 2006, et l’État est venu pour apporter la compensation financière permettant le fonctionnement de la filière sans changement dans un environnement en plein bouleversement. Les appels du PCR n’étaient pas pris en considération.
En aout 2014, François Hollande est venu à La Réunion pour annoncer en personne la fin du quota sucrier. Cette déclaration était la seule certitude que les acteurs de la filière ont pu avoir. En annonçant la fin du quota, le président de la République a confirmé qu’en 2017, l’Europe n’interviendra plus pour acheter le sucre réunionnais invendu à un prix supérieur au cours mondial.
Comme le statu quo a été maintenu, le sucre réunionnais ne sera plus compétitif en 2017. Si la filière canne n’a pas une aide supplémentaire de 38 millions d’euros, elle dit ne pas pouvoir vendre son sucre, ce qui aura pour conséquence la fin de l’achat des cannes des planteurs par les usiniers.
Aujourd’hui, il ne reste donc que très peu de temps pour réagir. L’aide de l’État est donc demandée pour gagner un temps qui permettra peut-être d’être compétitif sans les aides. Mais cette aide n’est toujours pas garantie… et l’avenir des planteurs non plus.

Rappelons que quand le PCR alertait sur les menaces sur le quota sucrier, des dirigeants de la filière et le représentant de l’État disaient qu’il n’y avait pas lieu de s’inquiéter : « pas d’échéance 2014 » avait dit un ancien directeur de l’Agriculture et de la Forêt. C’est pourtant en 2014 qu’un président de la République est venu annoncer la fin du quota sucrier !
Pour la surrémunération, les données sont les mêmes. Le PCR alerte et certains refusent de voir. Pensaient-ils qu’en ne parlant pas du problème, il n’allait jamais être posé ? Depuis hier, tout est différent. La Cour des comptes a choisi de mettre la réforme de la surrémunération sous les feux des projecteurs. Elle préconise une réforme et estime déjà les économies réalisées. C’est du concret, et cela doit amener à la mobilisation dès maintenant afin de devancer l’inéluctable, pour ne pas un jour se réveiller sans solution devant le fait accompli.


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