Edito

Au moment du jugement par le peuple, aucun acteur n’échappera à ses responsabilités

Témoignages.re / 24 octobre 2011

En l’an 2000, une énième Loi d’orientation pour l’Outre-mer était débattue par les parlementaires et votée. La LOOM était née, censée régler nos problèmes. Connaissant par avance les limites de ces « orientations », Elie Hoarau s’est fait le porte-parole de ses collègues pour déposer un important amendement. C’est ainsi qu’à l’article 75 de cette LOOM, il était prévu d’instaurer un « Observatoire des prix et des revenus » (OPR) dans les DOM afin de faire la transparence sur la formation des prix et mener, en conséquence, une politique d’harmonisation des revenus.

Pendant 2 ans, le gouvernement de Lionel Jospin n’a pas pris le décret d’application de la loi. Allez savoir pour quelles raisons ! En 2002, Jospin battu, Jean-Pierre Raffarin devient Premier ministre. Lui non plus n’est pas pressé pour faire appliquer la loi. Pendant ce temps, la situation s’aggrave : le pouvoir d’achat diminue. La population qui souffre réclame la transparence. Par contre, en 2004, le gouvernement tente une réforme tendant à remettre en cause la sur-rémunération dans la fonction publique. La Sénatrice Gélita Hoarau est obligée de monter au créneau pour dénoncer une manœuvre de stigmatisation gratuite. Elle interpelle le gouvernement : « Quand sera promulgué au Journal officiel le décret d’application créant l’Observatoire des prix et des revenus ? ».

Devant les réticences du pouvoir, c’est l’engagement du peuple qui débloqua la situation devant ce qui s’apparente à une véritable trahison. La contestation est portée par le mouvement associatif qui réussit à rassembler 55 associations et recueillir 15.000 signatures sur une pétition exigeant le décret d’application de la loi. Et, le 2 mai 2007, quelques jours avant la Présidentielle, le texte est apparu. Officiellement, l’installation a eu lieu le 13 juillet 2007 pour La Réunion, le mois suivant pour la Guyane, en octobre pour la Guadeloupe et le 17 décembre pour la Martinique.

Il a fallu 7 ans, et 2 gouvernements successifs, pour pondre un malheureux décret ! Ce qui permet de mesurer le mépris vis-à-vis de l’Outre-mer. Et quand le peuple leur impose d’agir, alors le gouvernement vide l’Observatoire de son contenu et ses objectifs. Ainsi, Jean-Hugues Ratenon et ses amis partenaires associatifs qui ont organisé la pétition ne sont même pas représentés dans l’Observatoire, dont la présidence a été confiée… au préfet ! Elie Hoarau, qui est à l’initiative de la loi en l’an 2000, n’est pas non plus invité à y faire partie. Dès le départ, on sent que le pouvoir a plié, mais ne veut surtout pas répondre à l’esprit de loi qui avait prévu que l’État est au service de l’Observatoire qui est légitime pour interpeller les pouvoirs publics.

On a beaucoup parlé de l’OPR lors des grandes manifs du LKP et du COSPAR. A la fin des États généraux sur l’Outre-mer, le CIOM a remplacé le préfet à la tête de l’OPR par un magistrat de la Chambre régionale des comptes ! C’est vraiment se foutre de la gueule des Domiens. Mais nous n’avons aucune nouvelle de la mesure N°4 qui prévoyait d’« améliorer dès 2010 les données statistiques sur la formation des prix et des revenus et l’évolution du pouvoir d’achat afin d’assurer davantage de transparence en la matière ».

Le « Printemps mahorais » a fini par pousser le gouvernement de Sarkozy à envoyer un fonctionnaire de la concurrence et des prix pour tenter de calmer les esprits. Après 3 semaines de manifestations, ailleurs, les manifestants réclament le remplacement du pouvoir incapable. Là, le gouvernement s’amuse de la patience des gens. Les Mahorais, et toutes les populations d’Outre-mer, n’ont plus qu’un choix : c’est changer ce gouvernement qui nous méprise et interpeler les prétendants sur la transparence concernant les prix et les revenus. Le peuple est souverain : son jugement approche…

J. B.


Kanalreunion.com