Edito

Aucune raffinerie de pétrole ne sera construite à La Réunion

J.B. / 5 mars 2015

Les travailleurs de la SRPP n’étaient pas les seuls à être en grève dans leur secteur d’activités. En Martinique, les salariés de la Société anonyme de raffinage des Antilles, la SARA, ont lancé une grève illimitée lundi. Mardi soir, ils ont décidé de suspendre le mouvement en attendant l’arrivée d’une mission d’experts de Paris. Le point commun entre la SRPP et la SARA, c’est la prise de contrôle annoncée de ces sociétés par le groupe Rubis.

En Martinique, Rubis détient actuellement 35 % de la SARA. Total lui vend ses actions. Le pourcentage de Rubis dans le capital passe alors à 85 %. Comme la SRPP, la SARA stocke les carburants. En plus, elle a une activité de raffinage. Elle produit pour la Martinique, la Guadeloupe et la Guyane le carburant aux normes européennes. Les travailleurs de la SARA se sont mis en grève, car ils craignent pour leur emploi. La raffinerie de la SARA opère pour un marché d’un million d’habitants. La recherche du profit maximum pourrait alors amener la fermeture de la raffinerie et l’importation de carburants aux normes européennes déjà raffinés à moindre coût. Si la SARA ne faisait que du stockage comme la SRPP, que deviendraient les travailleurs de la raffinerie ? Cette situation amène deux remarques.

Tout d’abord, une seule société va détenir le monopole du stockage du carburant pour les Antilles et La Réunion. Sous réserve de l’accord de l’Autorité de la concurrence, Rubis va détenir 85 % des actions de la SARA et 100 % de la SRPP. Sur un secteur aussi stratégique que l’énergie, c’est une concentration sans précédent. En effet, le capital de la SARA était partagé entre Total pour 50 %, Rubis et Sol pour le reste. À La Réunion, Shell et Total étaient les deux actionnaires de la SRPP. On passe donc de 4 actionnaires à 2, sachant que Sol ne pèse que 15 % dans la SARA, et 0 % dans la SRPP.

Ensuite, c’est une nouvelle opération de com’ de Didier Robert qui s’effondre. Le président de la Région Réunion avait en effet lancé toute une campagne sur la possible arrivée de Indian Oil comme nouvel opérateur à La Réunion, avec à la clé la construction d’une raffinerie de pétrole. Sachant que La Réunion est le seul pays à plusieurs milliers de kilomètres à la ronde à consommer du carburant aux normes européennes, cette hypothétique raffinerie aurait eu un marché d’un million de personnes.

En Martinique, la raffinerie de la SARA alimente un marché équivalent, et ses travailleurs craignent pour leur emploi. C’est donc la confirmation qu’aucune raffinerie de pétrole ne sera construite à La Réunion. Ce projet rejoindra donc celui de la Nouvelle route en mer dite nouvelle route du littoral dans les opérations de com’ sans lendemain.


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