Edito

« Aurions-nous été victimes d’une illusion collective ? »

Geoffroy Géraud-Legros / 18 février 2011

La mythologie européenne a son Vaisseau fantôme. La Réunion a son auto rouge, immortalisée par le théâtre Vollard ; à cette légende forgée au milieu du long XXème siècle, le XXIème siècle naissant va, semble-t-il, ajouter le bus mystère.
On s’en souvient : en remplacement du chemin de fer prévu depuis les Accords de Matignon signés en 2007 entre la Région Réunion et l’État, l’UMP annonçait la mise en place d’un réseau de 2.000 bus ultramodernes, dit “Trans Éco Express”, « roulant au GPL », destiné à desservir « en site propre, chaque ville, chaque village, chaque écart » de notre pays... Leur installation, selon Fabienne Couapel-Sauret, vice-présidente chargée du projet, devait « très vite » être chose faite.
Premier mystère : quelque jour après ces fanfaronnades, la responsable des « 2.000 bus » affirmait dans les yeux à un élu de l’Ouest que « personne n’avait jamais parlé de 2.000 bus ». « À croire que nous avons été victimes d’une illusion collective », répliquait son interlocuteur.

Au-delà de la boutade, il est vrai qu’un mystère de plus en plus insondable recouvre les fameux 2.000 bus. À la télévision, des initiés évoquent souvent leur venue prochaine ; dans un langage étrange, on parle des mystérieuses substances qui les feront rouler… et s’il n’est plus vraiment question de GPL, Mme Couapel-Sauret raconte elle-même des histoires d’algues, qui pourraient un jour (lointain) alimenter des véhicules qui demeurent fantomatiques. Pour l’heure, aucun des vaisseaux roulants promis n’a encore pris la route ; aucune équipe n’est mobilisée à temps plein sur les voies de notre pays, qui devraient toutes être équipées d’une voie supplémentaire dans les mois qui viennent, pour que se réalise la promesse de campagne.
Le vote, avant-hier, du budget de la CASUD, n’a pas levé la chape de ténèbres qui dissimule les « 2.000 bus » annoncés. La communauté de commune du Sud, dont le président n’est autre que l’auteur de la prophétie (deux ?) mille fois répétée des 2.000 bus, a solennellement voté l’acquisition de… 10 bus environ. Une mesure qualifiée par Didier Robert de première action concrète de la CASUD dans le cadre du “Trans Éco Express”. Si ces véhicules neufs correspondent aux caractéristiques des « 2.000 bus », il en faudra encore 1990 et des poussières dans quelques mois. Où sont-ils ? D’où viendront-ils ? Comment les paiera-t-on ? Autant d’énigmes que le Réunionnais n’est pas près de voir résolues. Parce que blague à part, chacun sait qu’à moins d’être victime d’une vaste illusion collective, la population ne verra jamais rouler les "2.000 bus" du tandem Robert-Couapel-Sauret.

G.G.-L.


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