Edito

Bouche-trou

Geoffroy Géraud-Legros / 27 novembre 2010

Les journaux de ces derniers jours nous apprennent que le gouvernement, craignant de ne plus pouvoir payer les fonctionnaires, a demandé aux Parlementaires de voter en catastrophe une avance de près d’1 milliard et demie d’euros sur le budget 2011.
Les explications officielles attribuent ce « trou » à… l’effet des réductions de personnel dans la fonction publique. Alors là, on en reste baba : d’après les apôtres du libéralisme, les coupes, dans cette fonction publique qu’on accuse de tous les maux, c’est tout de même supposé servir à équilibrer les budgets. Pas à les faire plonger dans des profondeurs inconnues jusqu’alors. Mais est-ce finalement tellement surprenant ? Pas vraiment. Parce qu’à part les naïfs, les gogos, les actionnaires de multinationales et leurs propagandistes, tout le monde sait que le libéralisme, les « coupes », les « dégraissages » ça ne marche pas. Ça n’a jamais marché et ça ne marchera jamais.

Preuve : l’Angleterre que l’on disait « dégraissée » se prend un plan de rigueur monumental. Preuve : l’Irlande et l’Islande, dont — soit dit en passant — on a vanté les mérites auprès de nos compatriotes Réunionnais, coulent à pic.
Toutes « libérées » qu’elles aient pu être des soi-disant « carcans » de l’intervention publique. Idem pour l’Espagne. En remontant en arrière, on trouverait en Argentine, au Chili en Indonésie et aux quatre coins du monde une foultitude d’exemples qui montrent que les allègements, coupes, et tutti quanti dans les services publics, la ruine organisée de l’État-Providence et du volet social de l’action publique, ne produisent que du chômage, du déficit, de l’inefficacité et de la pauvreté. Le rapport annuel de la Conférence des Nations Unies pour le commerce et le développement (CNUCED) est sans appel : en trente ans, le nombre des pays pauvres a doublé. Ouverture des frontières et fin de l’intervention de l’État dans l’économie oblige, leurs habitants parviennent de moins en moins à se nourrir, et sont dépendants des importations d’aliments.

Pour en revenir à nos moutons budgétivores, il faut tout de même remarquer qu’ils ajoutent une crasse nullité à l’inefficacité avérée de leur idéologie. Car l’affaire du trou dans la rémunération des fonctionnaires montre que ce gouvernement n’est pas même fichu de gérer un budget. D’ailleurs, on se demande comment l’exécutif va s’en tirer dans les années à venir. Va-t-il à chaque fois tirer sur le budget des années suivantes pour payer les agents de l’État ? Ou ira-t-il trouver ailleurs d’autres financements ? Si François Fillon a des problèmes, ici, on peut l’aider. Grâce à son copain de la Région, il a déjà pu reprendre l’argent du tram-train pour boucher les trous. S’il veut, c’est avec plaisir qu’on lui enverra Joël Mongin, qui ira assiéger l’Élysée ou l’Assemblée nationale pour réclamer une petite monnaie supplémentaire.

G.G.-L.


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