Edito

Ça fait cher le kilomètre

Geoffroy Géraud-Legros / 21 octobre 2010

Didier Robert, Jean-Louis Lagourgue, Dominique Fournel, Fabienne Couapel-Sauret… tous ces dignitaires se sont retrouvés à Matignon pour signer les Accords de Matignon moins le tram-train.
« Historique », ont-ils claironné un peu partout, sans parvenir à nous convaincre que 2.000 cars, c’est vachement mieux qu’un chemin de fer. 2.000 cars, d’ailleurs, dont on ne verra jamais la couleur.
Parce que — parenthèse — il ne faudrait tout de même pas trop prendre le Réunionnais pour un imbécile : la promesse de campagne de l’UMP, dite, redite et répétée, c’était bien « 2.000 bus au GPL, dans chaque ville, chaque village, chaque écart ». Et rappelons-nous que tout sera « en site propre », c’est-à-dire que chaque bus roulera sur sa voie propre, sans se mêler aux voitures.
Le contrat c’est donc bien 2.000 bus flambants neufs, partout tout le temps. Pas deux-trois bus un peu macotes avec un coup de peinture par-dessus, en plus de la flotte qui existe déjà. Non : « 2.000 bus roulant au GPL, dans chaque ville, chaque village, chaque écart, en site propre ».
L’engagement électoral, c’est ça. Le Trans-éco-express, c’est ça. Et si ça valait qu’on chavire un projet de chemin de fer prêt à démarrer, il ne faudrait tout de même pas trop tarder à nous le montrer. Et surtout, nous dire combien ça va coûter. Parce que réformer les routes pour faire des couloirs de bus Chemin Flacourt à Sainte-Marie, pour monter à Tapage Saint-Louis, à Cilaos, et dans les innombrables écarts de notre pays patrimoine de l’UNESCO, ça va prendre un bon peu de temps. Et ça va faire cher le kilomètre. Et qu’est-ce qui va payer tout cela ? Ce sont nos impôts. Ces fameux impôts que disait défendre bec et ongles Mme Couapel-Sauret, devenue justement « madame 2.000 bus ». Il y a de ces coïncidences, tout de même... C’est elle qui, en trois ans et demi, est supposée refaire tout(e)s les routes, chemins, pour accueillir 2.000 bus flambants neufs. On y croit tous. Y croit-elle elle-même ? C’est en tout cas à ce titre qu’elle s’est retrouvée avec ses trois camarades de l’UMP auprès de François Fillon, lors de la signature du protocole bidouillé. Autre parenthèse, les Accords de Matignon — les vrais, ceux où Paul Vergès avait obtenu les milliards tant recherchés par l’UMP — n’avaient coûté qu’un seul billet d’avion à la Région : celui du président de la région lui-même. Lors de la Commission permanente d’hier, la majorité a fait avaliser la petite note du déplacement de groupe. Elle est bien salée, et alors qu’on n’a toujours pas vu l’ombre de ces fameux bus hypermodernes, déjà, ça nous fait cher le kilomètre.

G.G.-L.


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