Edito

Cari sous d’riz

Geoffroy Géraud-Legros / 4 août 2010

« Saint-Obama, priez pour nous » : cette mélopée n’a cessé de monter vers les cieux depuis que l’accession du leader démocrate a mis fin aux 8 années cauchemardesques du règne de George Bush, bourreau – comme le fut son père avant lui- de l’Irak. Propulsé au rang d’icône internationale, submergé par les ferveurs du monde , flanqué du prix Nobel de la Paix à peine franchie la porte de la Maison Blanche, le Président des États-Unis semble incarner – surtout auprès de médias confits en adoration- la solution vivante à tous les maux de l’Humanité.

Tout au moins, se disent les adeptes un peu plus mesurés, va-t-il mettre fin aux guerres menées par les Etats-Unis aux quatre points de la planète

La réalité s’est chargée de rappeler qu’ en plus de n’être qu’un homme, Barak Obama est avant tout le porte-parole des intérêts États-Unis d’Amérique, ou plus exactement, de la classe sociale qui domine ces derniers. Celle-ci ne s’y est d’ailleurs jamais trompée, et a dès la campagne électorale favorisé –financièrement et médiatiquement- le candidat Obama.

La sale affaire du Honduras, coup fourré de la CIA digne des années 1950, aurait dû suffire à dissiper quelque peu l’auréole du nouveau Président. Il n’en a rien été : le Honduras, c’est petit, c’est loin, et c’est moins intéressant qu’une réforme de la santé qui pourrait -peut-être- hisser les pauvres des USA à un niveau de mortalité à peu près acceptable au regard des standards d’un État moyennement développé.

Aujourd’hui, le départ d’Irak semble acquis. Malgré l’opposition d’une poignée de fous de guerre aux yeux desquels- comme hier au Vietnam- le moment de s’en aller n’est jamais bien choisi, la décision du Président américain paraît bien arrêtée. Mais ce retrait ne signifie pas la fin d’une guerre. Loin de là. Tout d’abord, parce que l’intervention américaine a transformé l’Irak, hier dictature laïque et centralisée, en une tyrannie consumée par les feux de la guerre civile et du conflit religieux. Surtout, parce que les troupes américaines vont aller renforcer les effectifs déployés en Afghanistan – la guerre que Barak Obama est en train de perdre, et qu’il veut gagner.

Argument moral : La guerre d’Irak n’était pas juste. La guerre d’Afghanistan l’est. Argument réaliste : l’Afghanistan regorge de ressources minières. Surtout, le pays est à la fois la pointe fichée dans le flanc des trois plus grandes puissances du groupe montant "BRIC" (Brésil, Russie, Inde, Chine) ; le voisin en surplomb de l’Iran ; le toit du monde musulman. Une guerre théâtre de tous les doubles jeux. Dont celui des dirigeants pakistanais qui, comme l’a récemment révélé WikiLeaks, tournent cari sous d’riz à leurs « alliés » depuis des années. Et où s’engage Barak Obama, chef militaire des Etats-Unis d’Amérique.


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