Edito

Cela ne sent pas bon

Geoffroy Géraud-Legros / 23 novembre 2010

« Vous écrivez en créole… vous êtes communiste ? » En forçant à peine le trait, c’est à peu près en ces termes que l’on pourrait retranscrire l’une des question posée par le "JIR" d’avant-hier à Mlle Aude-Emmanuelle Hoareau, auteure d’un ouvrage intitulé "Concepts pour penser créole". Une question qui respire l’atmosphère d’antan -celle des années 1950 à 1980- mais qui est bien, il faut le dire, dans l’air du temps d’aujourd’hui.
Un air qui ne sent pas très bon depuis que les amis de Nicolas Sarkozy se sont installés au sommet de la pyramide inversée. Ils ne s’y contentent pas d’arrêter des trains, de se partager l’argent des indemnités et de planifier des villégiatures un peu partout dans le monde, sous prétexte de coopération. Ils se mêlent de culture.
Attention : de culture, et non, comme on dit dans la langue majoritaire de ce pays et comme l’écrit Aude-Emmanuelle Hoareau, de « kiltir ». Peu avant son envol vers le poste de députée, Jacqueline Farreyrol y allait de sa ritournelle dans les colonnes du "JIR" contre les travaux que mènent linguistes et écrivains réunionnais, lesquels se résument pour elle à du « KK ». Ça sent sans doute la banane, etc… Mais idéologiquement, ça ne sent pas la rose, et les Réunionnais sont sans doute les seuls citoyens de la République à être gratifiés d’une "ambassadrice de la culture" auto-proclamée, devenue députée par protection, qui laisse élégamment entendre que ce que font leurs intellectuels, c’est de la m…
C’est beau et frais comme du Frédéric Lefebvre et ça ne déparera pas dans les rangs UMP de l’Assemblée nationale.

Guère plus élevées mais un peu plus prétentieuses, sont les fins de non-recevoir opposées par Frédéric Cadet à une jeune chercheuse réunionnaise, qui s’est mise en tête d’écrire une thèse sur l’identité réunionnaise. Monsieur – n’allons pas dire « missié » - sait. Mieux : il "pense", depuis qu’il a occupé une position éminente dans l’Université. L’avoir quittée pour un parti où l’on veut supprimer la culture générale aux concours et balancer "la Princesse de Clèves" là où Farreyrol situe l’horizon de la recherche linguistique ne change rien à l’affaire : la science, c’est lui. Et comme le pouvoir, c’est lui aussi, il s’estime tout à fait en droit d’envoyer bouler des directeurs de recherches plus titrés que lui et les étudiants les mieux notés de leur promotion. Moralité : à coup de petits et de grands mots, le pouvoir politique UMP montre qu’il entend soumettre la culture à ses diktats. Avec un grand K. Décidément, cela ne sent pas bon.

G.G.-L.



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  • Excellent papier, Monsieur Legros. Une bouffée d’air pur dans la puanteur ambiante, ça ne fait pas de mal ! Il n’y a pas que le "taille" (est-ce qu’il faut traduire pour que le JIR et Mme F. comprennent ?) qui soit de couleur brune... En métropole, c’est la chasse aux Roms, pourtant citoyens européens, qui est ouverte ; ça vous a de ces vieux relents de purification ethnique... Sa i pi un bon pé, povréman. Continuez à ouvrir les yeux de nos compatriotes, il y a encore du travail. Cordialement.

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