Edito

Changement d’images mais pas de politique

J.B. / 31 août 2016

La France a procédé hier à un remaniement de son gouvernement. Deux ministres ont exprimé leur souhait de partir : Emmanuel Macron, ministre de l’Économie, et George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer. C’est le départ du premier qui a suscité la plus grande attention. Emmanuel Macron a d’abord été conseiller économique de François Hollande à l’Élysée, avant d’être depuis deux ans ministre de l’Économie. Il est donc un des principaux inspirateurs de la politique menée depuis plus de 4 ans par ce gouvernement. Lors de ces dernières semaines, il n’avait pas caché qu’il était un fervent partisan de l’ultralibéralisme. Voilà qui permettait de clarifier le virage encore plus à droite de ce gouvernement au cours de ces deux dernières années, depuis que Manuel Valls est devenu Premier ministre.

Emmanuel Macron a d’ailleurs choisi la date symbolique de l’université d’été du MEDEF pour annoncer sa décision. Rappelons qu’il y a deux ans, Manuel Valls avait fait un triomphe au rassemblement de la fin de l’été septentrional des patrons français, quand il avait proclamé son amour de l’entreprise. Un discours qui est allé droit au cœur des responsables de ce syndicat de patrons qui n’ont pas manqué de l’applaudir à tout rompre. Lors du passage d’Emmanuel Macron au ministère de l’Économie, ce dernier a défendu des textes de loi qui sont autant de régression pour les droits des travailleurs. Ainsi, dans le paquet dénommé Loi Macron figure un moyen de rendre bien plus difficile l’accès à la justice pour les travailleurs victimes de licenciement ou de harcèlement. C’est ce qu’expliquait la CGT dans un communiqué diffusé le 2 juin dernier, avec « l’instauration d’une procédure écrite complexe pour pouvoir commencer un procès devant les prud’hommes. Jusqu’à présent, cela pouvait se faire oralement en se présentant dans son conseil de prud’hommes. Une nouvelle fois le gouvernement répond aux revendications du Medef et de la Cgpme qui demandaient la nullité de la saisine prud’homale si celle-ci n’était pas motivée ou accompagnée d’un certain nombre de pièces, alors que l’ensemble des organisations syndicales de salariés demandaient le retrait de cette sanction qu’est la nullité ». Cette mesure a été votée par des députés se disant de gauche, y compris par des représentants de La Réunion. Le successeur d’Emmanuel Macron est Michel Sapin, auparavant ministre du Budget. Il est donc remplacé par celui qui était responsable de l’exécution du plan d’austérité. Autant dire que la politique ne changera pas.

Un autre changement ne manquera pas de faire la une des autres journaux de La Réunion. George Pau-Langevin a souhaité quitter ses fonctions de ministre des Outre-mer. Ericka Bareigts a donc été nommée à sa place, elle était jusqu’à hier secrétaire d’État à l’Égalité réelle. À ce poste, elle n’a guère été remarquée dans l’action pour animer le débat sur le projet de loi égalité réelle qui doit pourtant fixer le cap des 25 prochaines années pour La Réunion. Lors de la présentation du projet de loi, elle a donné sa vision de l’égalité réelle : faire des « Français d’outre-mer » des « Français ». Avec un tel programme, la politique ne changera pas non plus dans ce domaine. Mais ce n’est pas étonnant, car un ministre est chargé d’appliquer la politique d’un gouvernement. S’il déroge à cette règle, il doit quitter son poste. Certains préfèrent prendre les devants car leur conscience ne leur permet pas d’aller plus loin. D’autres restent ou entrent, car ils sont d’accord avec la politique d’austérité, et ils la soutiennent.

J.B.


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