Edito

Chantier de la route en mer : la complicité de recel est clairement établie

J.B. / 10 décembre 2014

Ce week-end, nous avons constaté une nouvelle imposture de la part de la Région. Le Vice-Président chargé du suivi de la construction de la route en mer s’étale dans les médias, sans qu’à aucun moment les journalistes ne jouent leur rôle de médiateur entre les Citoyens et les Décideurs. Dans l’Histoire de La Réunion, une telle complicité est rare. Cela n’a rien n’à voir avec l’époque des journaux et journalistes engagés. Là, sous couvert « d’information », donc honnête, ils laissent l’opinion sans défense.

Le problème est simple : le blocus de La Région en 2008 et en 2009 par les transporteurs qui considéraient le projet de Tram-Train comme un concurrent avait servi les intérêts du Triple-Président en campagne contre Vergès. La question se posait de savoir comment « pomper » au maximum dans la manne que Vergès avait obtenu de Matignon. D’où l’annonce en 2010 des 2000 bus et la construction d’une 6 voies en roches qui nécessitera beaucoup de « camions ». Une récompense pour service rendu qui se compte par une noria de millions de voyages. Dans ce cercle d’initiés, on ne parle que de bout de gras. Le Triple-Président va même innover. Du jour au lendemain, les transporteurs concernés montent de grade et deviennent des producteurs de roches. Ils vendent « le service de la roche » au chantier de la Région. La Collectivité paye la facture.

De là découle toute une dérive qui conduira l’administration de l’Etat à se faire complice d’un pillage éhonté de l’argent public. Selon Fournel, s’il faut une autorisation pour faire une carrière, l’Etat va exécuter ! Sous entendu, les enquêtes publiques c’est pour la frime. Ainsi, toute La Réunion, la France et l’Europe constatent l’évolution catastrophique d’une opération électoraliste qui dépasse ses concepteurs patentés. Les 2 milliards de Vergès transformés en bout de gras, ça fait rêver ! La Région est même prête à acheter des roches venant d’Afrique du Sud ou de Madagascar, lit-on. Des roches en or, bien sûr.

Les journalistes peuvent dire qu’ils ont été pris en défaut sur les motivations réelles de ré-orienter la manne de Matignon. Mais depuis qu’on a découvert l’opération illégale de La Possession, les responsabilités sont clairement établies. Le 24 novembre, nous avons publié sous forme d’Edito une lettre ouverte au Procureur de la République et au Préfet, sur le « braconnage de roches. » En voici, un extrait : « Messieurs,
Vous avez été témoin, comme nous tous, de faits graves constitutifs de délits qui appellent à des mesures administratives et poursuites judiciaires. Dans le cas contraire, les Citoyens seront enclins à croire qu’il existe dans ce pays un traitement particulier, selon qu’on soient camionneurs et Président de Région, d’une part, chasseur de tangues, pêcheurs de lagon ou braconniers de palmistes, d’autre part.
En effet, des entrepreneurs peu scrupuleux de principes, des lois et règlements se sont permis de prélever des roches dans la nature et les vendre à prix d’or au Conseil Régional qui les a réceptionnées sur son chantier de la route en mer. Ceci n’est ni plus ni moins qu’un trafic de matériaux prohibés vendus à un receleur qui achète des matériaux illégaux et un service interdit. C’est avec de l’argent public, et qui doit donc être restitué. »

L’opinion attend des sanctions. En cette période de disette, où l’Etat fait des économies de bout de crayons, assistera-t-on ici la duplicité pour se partager des bouts de gras ? La complicité de recel est clairement établie.


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