Edito

Chiche, M. Robert !

Geoffroy Géraud-Legros / 1er septembre 2010

Six mois à peine après son arrivée à la Région, la communication de Didier Robert est bien rodée. Tout sourire, le président de la Région est en paroles tout sucre et tout miel… Et c’est en flots onctueux qu’il déverse sur son lectorat et son auditoire les mêmes promesses et les mêmes déclarations. La longue interview accordée hier à Yves Mont-Rouge est un modèle du genre. Le refrain ? Habituel : la continuité territoriale marche du tonnerre. Les grands travaux, c’est pour bientôt. Il y a des chantiers qui arrivent, là, dans un instant, et pour la route du littoral, inkièt pi, c’est pour 2013 grand maximum. Et n’allons pas nous compliquer la vie et gâcher notre joie de vivre avec les mesquineries des études préalables, les négociations, les financements, les dates précises… Attendez, et tout ira bien.

C’est tout à la fin de l’entretien que Didier Robert entonne un couplet inédit : la politique sécuritaire de Sarkozy semble ne pas être à son goût. Un propos qui interroge : n’est-il pourtant pas le plus haut gradé de l’UMP locale ? « La France », rappelle-t-il, est « traditionnellement une terre d’accueil ». « C’est la patrie des Droits de l’Homme » et, ajoute-t-il, « C’est à cette dimension que je suis attaché ».

Voilà un attachement acquis de fraîche date : car les orientations sécuritaires de Nicolas Sarkozy et de son gouvernement ne datent pas d’hier, pas plus que les relents xénophobes de ses conceptions et de sa politique en matière d’immigration.
Qu’est-ce qui a donc empêché jusque-là l’humaniste député de la 3ème Circonscription de voter contre la politique initiée depuis 3 ans par Nicolas Sarkozy, pourtant décriée de longue date par les humanitaires et les associations de protection des Droits de l’Homme ?

Elu de l’océan Indien, Didier Robert aurait même pu être en pointe du combat pour le respect des droits humains et de la dignité des migrations. Près de la moitié des raccompagnements à la frontière effectués sur l’ensemble du territoire de la République n’ont-il pas lieu entre l’île voisine de Mayotte et l’île comorienne d’Anjouan ? Ne s’opèrent-ils pas dans les conditions indignes que l’on sait, où la politique du chiffre entasse les indésirables dans des camps de rétention ? Pire, le gouvernement français n’a-t-il pas pris des mesures de durcissement à l’égard de la circulation entre les deux îles, dont les victimes périssent toujours plus nombreux lors des naufrages de kwassa-kwassa ?

Sur ces sujets pourtant, M. Robert n’a jamais rien dit et n’a jamais rien fait. Il ne lui a pas déplu d’être bombardé au rang de dignitaire du Parti de Nicolas Sarkozy et de Brice Hortefeux, du « karcher », de la « racaille », de la « France qu’on aime ou qu’on quitte » et de Sangatte. Nouveau converti aux droits de l’Homme, joindra-t-il pour une fois les actes à la parole, en votant contre la possibilité de déchoir un Français de sa nationalité, le 27 septembre prochain ? Chiche.

G.G.-L.


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