Edito

Chikungunya : les victimes encore présentées comme responsables de la catastrophe

J.B. / 19 juillet 2014

À La Réunion, l’autorité responsable de la protection de la population face aux risques sanitaires avait failli en 2005 et en 2006. Le chikungunya était apparu dans notre île en mai 2005. Un an plus tard, il avait touché le tiers de la population, et de trop nombreuses personnes sont décédées pendant cette épidémie. Entre les deux dates, tout d’abord une sous-estimation de l’ampleur de la menace, une méthode de lutte inefficace et le refus d’entendre des propositions pleines de bon sens, qui avaient fait leur preuve. A ce sujet, l’exemple le plus frappant est l’utilisation de produits chimiques pour tuer les insectes, ce qui a transformé la catastrophe sanitaire en catastrophe environnementale. Pourtant, il était possible de traiter le problème dès le départ, en distribuant massivement à la population du Bti, un larvicide biologique sans danger pour l’être humain, les animaux et d’autres insectes comme les abeilles.

Au lieu de reconnaître ses erreurs, l’autorité a préféré trouver un bouc-émissaire : le Réunionnais. En effet, c’était lui le responsable de la propagation du virus, parce qu’il laissait de l’eau stagnante dans les pots de fleur, parce qu’il ne nettoyait pas sa cour, ou parce qu’il ne se protégeait pas contre les piqures de moustiques.
Les drames survenus à La Réunion auraient dû instruire les responsables de la protection de la population sur les erreurs à ne plus commettre. Manifestement, ce n’est pas encore le cas.

Aux Antilles, une épidémie de chikungunya a démarré depuis la fin de l’année 2013, au cœur de l’hiver boréal. Saint-Martin a d’abord subi le premier gros choc avec plusieurs décès, puis le chikungunya s’est répandu à la Martinique puis à la Guadeloupe. Plus de 100.000 personnes sont touchées et en ce début de vacances dans l’hémisphère Nord, Paris commence enfin à s’affoler. Aujourd’hui, des touristes pourraient ramener le virus en France. Et le Sud de ce pays est aujourd’hui infesté par le moustique vecteur du chikungunya.
Ceci démontre que l’autorité a failli une nouvelle fois, en ne donnant pas à la population les moyens de se protéger. Et comme à La Réunion, ce sont les victimes qui sont rendues responsables. Un reportage hallucinant diffusé à une heure de grande écoute sur une radio française de référence annonce que les croyances de la population sont un important obstacle à la lutte contre le chikungunya… et pas un mot sur la faillite du pouvoir.

Si l’épidémie atteint la France, les Français seront-ils traités comme les Réunionnais ou les Antillais, seront-ils accusés d’être responsables de la propagation du chikungunya ?

J.B.


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