Edito

Clientélisme et assistanat

J.B. / 10 mai 2016

La politique d’austérité menée en France depuis plusieurs années a des conséquences à La Réunion. Le phénomène s’est amplifié avec l’orientation social-libérale du gouvernement. Ce dernier a en effet décidé d’offrir 40 milliards d’euros aux entreprises, en espérant que ces cadeaux fiscaux permettront d’inverser la courbe du chômage. Espérer seulement, car les baisse d’impôts et de cotisations sociales ne sont pas conditionnées à des embauches. Cette politique s’est notamment manifestée par un gel des dotations globales de fonctionnement versées par l’État aux collectivités, puis par une diminution. Au cours des trois années à venir, cette somme baissera de plus de 10 milliards d’euros. Cela touche en premier lieu les communes.

Face à cette décision, les communes et la Région ont un choix à faire : soit elles diminuent les dépenses de fonctionnement, soit elles cherchent de nouvelles recettes. C’est la deuxième voie qui est privilégiée dans notre île, par le biais du chemin le plus simple : faire payer la population. À La Réunion, cette année a vu une hausse des impôts dans quasiment toutes les communes. Même la Région Réunion a dû augmenter une taxe. À chaque fois, l’argument est le même. Cette croissance des impôts est faite pour compenser une diminution de la subvention versée par l’État. Ce n’est que la première année d’application du plan d’économies. Ce qui signifie que cela ouvre une période de restriction pour l’aide de l’État aux collectivités. Ce n’est donc que le début de la crise financière des collectivités.

Cette hausse des impôts met en évidence deux phénomènes. C’est tout d’abord une nouvelle baisse du pouvoir d’achat des Réunionnais. Dans notre île, le coût de la vie est plus élevé qu’en France, et près de la moitié de la population vit en dessous du seuil de pauvreté. Cette augmentation des dépenses imposées aux plus démunis est dramatique. C’est surtout la conséquence du recrutement massif d’employés communaux précaires. La proportion des titulaires dans les communes n’est que de 20 %, c’est l’inverse de la France. Cette situation fait peser sur les agents une lourde pression. Des communes se sont particulièrment illustrées dans ce genre de pratiques. C’est le cas notamment de Saint-André. À population équivalente, elle a deux fois plus d’employés qu’une commune en France. Cela a pu être possible grâce à la générosité des subventions de l’État destinées à assurer le fonctionnement. Mais maintenant le robinet commence à se fermer. C’est donc le constat du clientélisme et de l’assistanat.

Maintenant, la charge du fonctionnement de ce système injuste est progressivement transféré sur la population. Il est grand temps de rompre avec une telle politique qui pousse La Réunion dans l’impasse, avec des conséquences durement payées par les Réunionnais les plus touchés par la crise.

J.B.


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