Edito

Comparutions et comparaisons

Geoffroy Géraud-Legros / 17 juin 2011

Deux ans de prison avec sursis, 40.000 euros d’amende et 5 ans d’inéligibilité : c’est la peine infligée hier à Cyrille Hamilcaro par le Tribunal de Saint-Pierre, en épilogue à l’interminable affaire “Surgine Fontaine”. Peine aussi pour la susdite — comme on dit dans les prétoires — qui écope de 24 mois de prison, dont 6 fermes, et de 40.000 euros d’amende.

Nos lecteurs le savent : ce n’est pas dans les pages de ce journal qu’ils trouveront applaudissements et ricanements à l’annonce des coups pris dans l’arène judiciaire par M. Hamilcaro. Soyons clairs : l’ancien maire Nouveau Centre de Saint-Louis compte parmi les acteurs du jeu politique réunionnais que nous critiquons ; nous n’avons jamais manqué de souligner le caractère profondément réactionnaire et rétrograde de ses orientations sur le plan de l’idéologie comme dans sa gestion désastreuse de la commune de Saint-Louis. Nous n’avons jamais manqué de dénoncer ses méthodes, particulièrement honteuses, puisqu’elles consistent à essayer de diviser les Réunionnais par le biais de polémiques raciales.

Que l’on ne compte pas sur nous pour célébrer la sentence rendue hier à Saint-Pierre. D’abord, parce que s’il y a bien une qualité ancrée dans l’identité réunionnaise qui nous semble fondamentale, c’est la dignité. Celle-là même qui se retrouve quotidiennement bafouée par des médias faits-diversiers, qui ne parlent que petites culottes, coups de sabre à canne, vols de mobylettes et suicides au lanate. Et désignent, sous couvert « d’informer », des individus jugés coupables ou présumés innocents à la vindicte collective.
Surtout, parce que ce qui tient lieu de Justice, à La Réunion, en général, et à Saint-Louis, en particulier, ne mérite guère qu’on lui rende hommage. Qu’elle répare d’abord les préjudices moraux et matériels causés à la famille Françoise, dans un logement social de Saint-Louis, lors de l’attaque « par erreur » par le GIGN de leur domicile. Qu’elle dise s’il est normal que des agents assermentés en cagoule tirent à bout portant sur le domicile des gens au petit matin, qu’ils braquent des femmes, et même un bébé avec des flingues chargés à balles réelles. Qu’elle dise pourquoi la réintégration par Claude Hoarau d’un fonctionnaire territorial à son poste méritait qu’on envoie le maire de Saint-Louis en garde à vue. Qu’elle explique pourquoi l’ouvrage de M. Hamilcaro, qu’elle a fini par juger diffamatoire envers Claude Hoarau, et dont elle était censée avoir demandé le retrait, est toujours en ligne comme avant le procès… Infraction continue qui n’a pas l’air de déranger plus que cela nos magistrats en charge du respect du droit.

En attendant ces jours — et l’on risque de les attendre longtemps —, la condamnation de Cyrille Hamilcaro soulève une série de questions : quand aura lieu le procès en appel, qui sera nécessairement suspensif ? Cet agenda-là sera-t-il encore dicté par des considérations électorales, comme ce fut évidemment le cas jusqu’alors ? Quel rôle jouera lors de la seconde instance le Parquet qui, dit-on, ne manque pas d’affinités politiques en haut lieu ? Quelles seront les conséquences professionnelles pour Cyrille Hamilcaro, recruté à la CaSud par Didier Robert, membre du bureau de l’UMP, sans que le procureur y trouve cette fois-ci à y redire ? On ne peut, enfin, se retenir de comparer cette affaire avec celle de M. Paul Franco Técher, maire UMP de Cilaos sorti “en lèr” de la Cour d’appel, où le procureur venait pourtant de requérir contre lui 4 à 6 mois de prison avec sursis, 10.000 euros d’amende et une inéligibilité laissée à l’appréciation du juge. Il faut dire que ces réquisitions étaient bien en deçà de la condamnation de première instance : le tribunal lui avait infligé huit mois de prison avec sursis, 30.000 euros d’amende et 1 an d’inéligibilité. Verdict d’ailleurs clément au regard de ce que demandait le procureur, qui a donc changé d’avis entre deux instances. Par contre, pour Cyrille Hamilcaro, c’est le contraire : le juge est allé bien au-delà de ce que demandait le procureur. Il y a de ces retournements, tout de même… On attend de voir s’ils en appelleront d’autres.

G.G.-L.


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