Edito

Conseil des ministres décisif pour les Outre-mer, demain

Ary Yée Chong Tchi Kan / 2 août 2016

Conseil des ministres décisifs pour les Outre-mer, demain

Demain, mercredi, le Conseil des ministres décidera de l’avenir des outre-mer pour une vingtaine d’années. C’est dire si c’est une décision très importante. Durant ce laps de temps, le président de la République et son gouvernement ambitionnent d’atteindre l’égalité réelle entre les résidents Outre-mer et ceux de France. Dans 24 heures, un texte sera adopté et sera ensuite soumis à l’assemblée des Députés en octobre et celle des Sénateurs en novembre. Dès lors, les parlementaires ne pourront plus intervenir qu’à la marge. Le gouvernement a déjà montré à plusieurs reprises qu’il n’a aucune envie de se laisser déborder.

Ou bien le gouvernement met fin à 70 ans d’inégalités réelle qui ont conduit à une situation néo-coloniale. Un constat que le PCR avait analysé depuis 1959, et qu’aucun gouvernement ne conteste plus aujourd’hui. Ou bien c’est une opération de communication, et les 20 prochaines années complèteront un bilan néfaste de 90 ans.

A l’heure actuelle, la tendance dégage plutôt un sentiment dubitatif. Saisi pour avis, le CESE a remarqué le délai très contraint pour effectuer son travail et conclut sur le fond. L’institution demande de corriger l’intitulé de la loi de programmation : “des Outre-mer” (et non pas de “l’Outre-mer”) car l’objectif est de tendre vers “l’égalité dans la diversité” et non l’application d’une “égalité formelle en toutes circonstances, en toutes matières et en tous lieux de la République”. La prise en compte des spécificités est encore plus claire dans la fin de l’avis : “Dans cet esprit, la France et l’Union Européenne doivent reconsidérer leur perception stratégique de ce que ces territoires ultramarins et leurs populations peuvent apporter au progrès pour un développement durable planétaire”. Dans une contribution complémentaire le groupe des Outre-mer du CESE regrette que l’étude d’impact ne comporte pas de démarche prospective à l’horizon 2040, fin du calendrier prévisionnel. A La Réunion, le CESER a réagi à la saisine du Préfet et du Conseil Régional. Il constate que le texte gouvernemental “ne répond en rien aux réflexions de ses Commissions. Le CESER tient donc, en conséquence, à exprimer sa déconvenue et son scepticisme”.

Ces positions issues de la société civile renforcent celles du PCR exposée dans plusieurs contributions officielles. C’est la seule organisation politique réunionnaise à avoir eu une démarche responsable et critique. Responsable, en affirmant que la cause principale de l’échec de 70 ans relève de l’intégration dans un ensemble normatif situé à 10 000 kilomètres, aux réalités totalement différentes. Le PCR préconise la double intégration : il s’agit d’insérer prioritairement La Réunion dans son environnement régional, tout en gardant les acquis socio-historiques. Critique, en soulignant que le texte soumis à débat ne comporte aucune une analyse sur les causes des inégalités constatées. Par conséquent, certaines mesures peuvent être spectaculaires, comme par le passé, mais ne permettront pas d’atteindre l’objectif d’égalité réelle prévue.

Le Bureau politique du PCR qui s’est tenu, hier soir, a relevé les inquiétudes des institutions consultatives et appelé le gouvernement dans une ultime déclaration publique à ouvrir la concertation.

Ary Yée Chong Tchi Kan


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