Edito

Coupable silence

Geoffroy Géraud-Legros / 22 juillet 2010

"Village global", "mondialisation heureuse"… Ce marketing mille fois répété ne parvient plus à masquer le bilan désastreux de la globalisation ultra-libérale des échanges. Parfaite dans l’abstraction mathématique, la doctrine du marché "libre et non faussé" prétendait apporter la prospérité universelle. Appliquée au monde réel, elle s’est révélée une véritable tornade. Pour chaque marché "libéré", des millions d’hommes et de femmes ont été enfermés dans la pauvreté et la précarité. Au Sud, au Nord, à l’Est, la suppression sans compensation des protections sur les productions locales, les délocalisations, la course aux salaires les plus bas ont ravagé des économies et des sociétés entières.

C’est ce destin qui a frappé à nos portes le 29 Août 2009, lors de la signature des Accords de partenariat économique (APE) dits « intermédiaires », dont l’entrée en vigueur définitive est prévue pour 2014. Ces conventions conclues entre l’Union européenne et 6 Etats de l’océan Indien et d’Afrique orientale visent à instaurer un marché libre entre les deux ensembles. Une bien bonne affaire en perspective pour les multinationales, qui peuvent désormais faire main basse sur les matières premières et exploiter la main d’œuvre bon marché. Un désastre prévisible et prévu pour l’économie réunionnaise qui, dans l’hypothèse d’une application pure et dure du libre-échange, devrait affronter le double fléau d’une concurrence intenable et de la délocalisation des entreprises et des services vers des pays voisins bien plus « rentables ».

Chargée de menaces, la perspective de l’entrée en vigueur complète des APE devrait être au centre du débat politique et citoyen dans notre pays.
Or, il n’en est rien. Élie Hoarau, député européen, se bat aujourd’hui seul pour que les Réunionnais aient — au moins — voix au chapitre, et que l’existence même de ces accords soit connue par les citoyens. Du côté de l’UMP et du PS, on a systématiquement esquivé la question des APE au cours de la campagne des régionales. Méconnaissance réelle du sujet, ou silence calculé ? . Interrogée par une radio populaire quelques jours avant le scrutin de mars dernier, Nadia Ramassamy prouvait bafouillements à l’appui qu’à l’évidence, l’existence même des APE lui était inconnue.

Didier Robert ne peut en revanche être soupçonné d’ignorance en la matière. Et pour cause : depuis sa cooptation le 15 décembre dernier, il est membre du bureau français de l’Aspen Institute. Fondée aux USA, financée par l’OTAN, le MEDEF, des banques et des marchands d’armes, cette institution a pour but de promouvoir la mondialisation libérale aux quatre coins du monde. Adepte de l’idéologie de la "concurrence libre et non faussée", le président de la Région en connaît fort bien le bilan et les effets...et a donc tout intérêt à ce que la population continue d’ignorer ce qui se trame.

G.G.-L.



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Messages






  • la fin du dernier paragraphe de votre article est explosive. au moins, là les choses sont claires quant à la position politique de Didier Robert.

    j’aimerais savoir ce qu’en pensent ceux qui ont voté pour lui parce qu’il était "beau, jeune, sudiste" et j’en passe.

    pourriez vous effectuer une enquête plus approfondie au sujet de cet "Aspen Institute" ? la vértité doit être dévoilée à nos contitoyens sur ceux qu’ils ont portés aux commandes de la région, et sur les graves dangers sociaux que leur idéologie ultralibérale fait peser sur les plus démunis d’entre eux.

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