Edito

Crise économique et crise politique

J.B. / 27 mai 2015

En Europe, la crise des subprimes de 2008 a accéléré une autre crise économique plus générale. Lors de son déclenchement, elle était comparée à la crise de 1929. Cette dernière avait eu d’importantes conséquences, car elle était mondiale et avait plongé l’Europe dans de graves difficultés. 7 ans après, elle avait bouleversé plusieurs pays. C’était le Front populaire en Espagne qui avait aboli la monarchie et proclamé la République, c’était un autre Front populaire en France. Mais les dictatures prenaient le pouvoir en Europe centrale, avec notamment l’arrivée de l’extrême droite à la tête du gouvernement en Allemagne. 10 ans après la crise de 1929, c’étaient l’abandon de la Tchécoslovaquie aux convoitises des gouvernements d’extrême droite, l’écrasement de la République en Espagne puis la seconde guerre mondiale en Europe.

La crise de 2008 a elle aussi remis en cause un ordre qui pensait être établi. C’est en effet en Europe que l’économie a le plus de difficulté à repartir. Les gouvernements, qu’ils soient socialistes ou de droite, ont appliqué des politiques d’austérité. La crise économique a des conséquences politiques. 7 ans après son accélération, les effets deviennent spectaculaires. En Grèce, Syriza a obtenu la direction du pays pour remettre en cause l’austérité. En Espagne, Podemos vient de remporter d’importantes victoires. Ce parti combat aussi la politique d’austérité mise en œuvre par les socialistes et la droite qui se succèdent à la tête du gouvernement. Au Royaume-Uni, le gouvernement sortant conservateur a fait mentir tous les sondages. À l’échelle du pays, le Parti conservateur est arrivé largement gagnant. Il détient à lui seul la majorité à la Chambre des communes. Les socialistes du Parti travailliste ont subi une défaite historique. En Écosse, ils ont quasiment tout perdu et c’est le parti indépendantiste SNP qui a tout gagné dans cette région.
Pour gagner les élections, le Parti conservateur a inscrit à son programme un référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. Le Premier ministre a confirmé que ce vote aura lieu. Pour les Écossais du SNP, cette perspective renforce leur volonté d’indépendance. Ils ne veulent pas que l’Écosse quitte l’Union européenne et ils demandent un référendum d’autodétermination si la Grande-Bretagne décidait de rompre avec l’Europe. Ce serait alors la fin du royaume de Grande-Bretagne, fondé en 1707 par l’union des royaumes d’Angleterre et d’Ecosse. Ce serait aussi la disparition de l’Union Jack, le drapeau du Royaume-Uni, auquel il faudrait enlever la Croix de Saint-André, symbole de l’Écosse. Qui, en 2008, aurait pu croire que de tels changements seraient possibles ?

La France n’a pas été à l’abri. En 2012, l’alternance a fait revenir les socialistes au pouvoir. En 2014, le président de la République a affirmé un tournant dans sa politique, vers le social-libéralisme. La majorité parlementaire a donc été sensiblement réduite, et au sein de l’Assemblée nationale des députés socialistes ont fait part de leur opposition à ce tournant. Mais jeudi dernier, le vote des militants socialistes a confirmé le virage. La motion soutenue par le gouvernement a remporté la majorité des suffrages. C’est donc ce texte qui sera la base du congrès du PS qui se tient ce mois-ci. 7 ans après l’accélération de la crise, les conditions sont réunies pour que le PS ait une ligne sociale-libérale assumée comme les partis socialistes d’Allemagne, de Grande-Bretagne, de Grèce ou d’Espagne. Là aussi, c’est un changement.


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