Edito

Crise politique toujours plus grave à La Réunion

J.B. / 2 novembre 2015

La semaine dernière, le président sortant de la Région a fait part des mesures qu’il compte mettre en place pour relancer l’économie de La Réunion. Force est de constater qu’elles ne sont pas de la compétence de l’assemblée qui sera élue le mois prochain. En effet, Didier Robert veut baisser les impôts payés par les entreprises, ainsi que les cotisations que les patrons paient. Ces décisions relèvent de l’État. Cela n’est pas sans rappeler les promesses intenables de 2010 : les 2000 bus et le développement du tourisme. On a vu le résultat : hausse des embouteillages et diminution du nombre des visiteurs.
Ce qui est le plus surprenant, c’est de voir s’afficher autour du président de la Région ceux de la Chambre de commerce et de la Chambre des métiers. Tous deux ne cachent pas leur soutien à la candidature de Didier Robert. L’un d’entre eux va même jusqu’à dire en substance que la Région a beaucoup d’argent. C’est du jamais vu, et cela donne une idée de la crise politique à La Réunion. Car dans un mois, il se pourrait donc qu’un président de chambre consulaire soit dans l’opposition au Conseil régional.

Sur le plan de l’économie, le bilan de Didier Robert à la Région est pourtant édifiant. En décidant de casser les grands chantiers, il a plongé La Réunion dans une grave crise. Il porte donc une responsabilité dans la liquidation de milliers d’entreprises au cours de son mandat. Et pour boucher les yeux, il a remplacé le projet de nouvelle route du littoral par une route en mer à six voies. La grève des travailleurs de ce chantier la semaine dernière a permis de donner un coup de projecteur sur leur nombre : moins de 200. C’est bien loin de ce qui était prévu pour le chantier du tram-train, la poursuite du plan de construction des lycées, et la concrétisation de la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise.
Les chambres consulaires sont normalement des outils aux services des professionnels pour défendre leurs intérêts. Leurs présidents auraient donc dû mener la révolte contre les décisions de Didier Robert. Manifestement, cela n’a pas été le cas. Et ce sont ceux de la CCIR et de la CDMA qui posent à côté d’un démolisseur de l’économie…

Voilà un nouvel exemple de l’impasse dans laquelle se situe La Réunion. C’est un exemple de la coalition d’intérêts qui peut rassembler ceux qui refusent que change La Réunion, car ce sera la fin de leur pouvoir. C’est pourquoi ils se mobilisent pour mener à tout prix le chantier de la NRL, quitte à rajouter un péage pour faire payer les Réunionnais encore plus cher. En effet, le but est que ce chantier puisse fixer une somme si importante qu’il ne soit plus possible de construire autre chose. C’est le prix pour maintenir La Réunion dans l’immobilisme. Mais ce que ces conservateurs de gauche et de droite refusent d’admettre, c’est que le monde est en train de changer, et que La Réunion fait partie du monde.


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