Edito

Cruel retour de boomerang

Témoignages.re / 1er août 2009

Jeudi, quelques conseillers régionaux et généraux ont refusé de débattre tout à la fois des questions cruciales engageant l’avenir de La Réunion et des pistes de réflexion, des propositions offrant des perspectives.

La pusillanimité d’une telle attitude transparaît dans le motif allégué : siéger ensemble aurait ressemblé à un accord en faveur d’une évolution de La Réunion vers un régime d’Assemblée unique. Une sorte de remake d’un film — Chérie, fais-moi peur — datant de 1958 avec Darry Cowl et Jacqueline Maillan : un authentique navet au comique souvent involontaire. Exactement comme celui que nous ont joué les absentéistes de jeudi.

Et pour conforter notre appréciation, sitôt la comédie terminée, cinq des membres du casting ont aussitôt dit leur désarroi de s’être prêté à une aussi piètre prestation dont ils ont volontiers désigné le génial metteur en scène : Didier Robert, l’élève doué de Jean-Paul Virapoullé. Ce dernier étant le géniteur d’une modification constitutionnelle portée sur les fonts baptismaux du Sénat le 6 novembre 2002, épouvantail à moineaux nécessaire, selon J-P. Virapoullé, pour "verrouiller La Réunion dans le statut de l’article 73 de la Constitution" en interdisant toute possibilité d’adaptation des lois qui puisse prendre en compte la situation particulière de La Réunion
.

Mme Girardin lui fit remarquer que dans « certains secteurs où les lois, même adaptées, sont souvent en décalage complet avec les réalités locales, le gouvernement considère qu’une telle exclusion de la Constitution pourrait s’avérer, un jour, préjudiciable aux intérêts de La Réunion », « ce sous-amendement peut être une source de rigidité un peu excessive, car, une fois que cette limitation sera inscrite dans la Constitution, il ne sera plus possible de la modifier sans réviser à nouveau la Constitution ». Ce qui rejoignait exactement notre propre analyse.

Mais le sénateur — pour obtenir un vote favorable à sa machine à faire peur — usa des ficelles les plus grosses et même les plus viles : « notre environnement est hostile ; nous sommes entourés d’un océan de misère ». « Au moment où l’hôtesse de l’air range les plateaux-repas à moitié consommés, quel gaspillage, me dis-je, alors que, sous cet avion, des milliers d’enfants meurent de faim, des millions de gens n’ont ni de quoi manger ni de quoi boire !
 ». Bref, avoir les mêmes droits d’adaptation que les autres DOM devait nous conduire aussitôt dans une profonde misère. Comme toujours J-P. Virapoullé trouvait efficace de faire peur : si nous ne faisons pas tout exactement comme les Français d’Europe, nous allons connaître la famine, la largage, etc.

Devant la presse, Élie Hoarau démontra que l’amendement Virapoullé allait rapidement engendrer de sérieuses difficultés. Ce fut très vite le cas et les premières victimes en furent les TOS puisque le Conseil constitutionnel — s’appuyant sur l’amendement constitutionnel Virapoullé — annula les dispositions spécifiques votées en leur faveur en juillet 2004 : les TOS de La Réunion devaient subir le même sort que les TOS de France !

Et aujourd’hui, le comble du ridicule est atteint : les conseillers appartenant à la majorité présidentielle ont boycotté tous les travaux des États-généraux décidés par le Président de la République dont ils se réclament pourtant. Logique : s’ils participaient sérieusement aux États-généraux ils seraient obligatoirement conduits à demander des adaptations qui seraient autant de dérogations à leur sacro-saint droit commun. Et les voilà donc qui refusent de participer aux États-généraux.

Mais comment feront-ils pour échapper à l’une des plus cruelles ironies de l’Histoire, véritable coup de Jarnac venu de leur propre camp et sur lequel, à Saint-Pierre, le Premier ministre s’est appesanti comme à plaisir ? Vous voulez tout comme en France, leur a-t-il dit en substance, votre volonté sera donc respectée.
Ce disant, François Fillon ne pouvait pas ne pas avoir en tête la proposition de la commission Balladur — l’un des piliers de la carrière de Nicolas Sarkozy — de supprimer Conseil général et Conseil régional pour les fondre en une Assemblée unique !

« On veut tout comme en France » n’a cessé de répéter J-P. Virapoullé, imité par son choriste du Tampon. Alors, maintenant, on adapte ou on n’adapte pas ?

Heureusement que, durant tout le temps de cette pantalonnade politicienne, des élus d’opinion diverse ont su prendre leurs responsabilités et, mettant de côté leurs différences, ont travaillé et travaillent ensemble pour bâtir l’avenir.

 Jean Saint-Marc  


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