Edito

Cyclone "hors normes"

J.B. / 9 novembre 2013

Depuis déjà plusieurs années, les scientifiques alertent sur un des effets du changement climatique : les cyclones pourraient être plus violents.

Depuis hier, cette prévision s’est concrétisée aux Philippines. Les superlatifs ne manquent pas pour décrire la force du cyclone Haiyan qui s’abat sur cet archipel : typhon du siècle, super-typhon… tous tentent de décrire un phénomène inconnu : c’est le plus puissant cyclone jamais observé depuis que les mesures existent. Des vents à plus de 300 kilomètres-heure sont annoncés, sans compter les pluies.

Le météore s’abat sur une région densément peuplée. Le Vietnam et la Chine s’apprêtent à affronter le cyclone, une fois qu’il ne sera plus aux Philippines. Des millions de personnes risquent donc de tout perdre, cela alors que le monde vit sa plus grande crise économique depuis les années 30. Il faudra tout reconstruire dans un contexte difficile. Se pose alors une question : La Réunion est-elle prête à encaisser le passage d’un super-typhon ?

Notre île a déjà connu des cyclones très intenses, avec des vents sans doute proches de 300 kilomètres par heure, et des pluies diluviennes. Le cyclone de 1948 devait appartenir à la même catégorie que Haynan : il a tué des dizaines de Réunionnais, et fait des dégâts considérables.

À Saint-Leu, le centre-ville a été rayé de la carte. Il avait été transformé en un lit de rivière d’où émergeaient les bâtisses les plus solides. Cette catastrophe a eu lieu dans une île peuplée par 250.000 habitants vivant dans une société de plantation. La majorité des Réunionnais étaient alors à la campagne, et les maisons étaient des cases en paille.

Aujourd’hui, le contexte est totalement différent. Notre île compte plus de 850.000 habitants, et la majorité vit dans des centres urbains. Des terres agricoles ont disparu, des cours d’eau ont été détournés, et des constructions ont surgi dans les lits de ravines asséchées depuis plusieurs années.

L’importation dans notre île de mode de construction et d’aménagement venus d’Europe, fait ressembler le quotidien à celui des villes de France. Mais la réalité, c’est que La Réunion a le même climat que les Philippines. Un super-typhon peut donc très bien arriver ici demain.

Souhaitons que l’existence aujourd’hui démontrée de ces cyclones "hors normes" puisse permettre d’aller vers un aménagement du territoire qui protège la population. Cela implique le développement des zones de mi-pente, et l’arrêt de la construction d’infrastructures sur le littoral, mises à part celles destinées à protéger la population. Le projet de route en mer de Didier Robert fait donc bien fausse route.

J.B.


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