Edito

D’un démolisseur … à l’autre

LB / 28 mai 2010

Des manifestations ont été organisées hier dans toute la France et Outre-mer pour dénoncer les injustices du projet de réforme annoncé par le gouvernement concernant le droit à la retraite des citoyens et pour demander une réelle concertation avec les représentants de la population afin de respecter ce droit. Or, le même jour, le ministre du Budget, François Baroin, a confirmé le calendrier évoqué par plusieurs médias concernant cette réforme : le projet de loi sur les retraites sera dévoilé le 20 juin, puis présenté en Conseil des ministres durant la première quinzaine de juillet et débattu au Parlement en septembre à l’occasion d’une session extraordinaire de trois semaines. La veille, le ministre du Travail, Éric Wœrth, avait confirmé pour sa part que le gouvernement allait repousser l’âge légal de départ en retraite, actuellement fixé à 60 ans, sans en préciser pour autant le nouveau seuil, avec un allongement de la durée de cotisation. Et Nicolas Sarkozy a regretté à ce propos que l’ancien président François Mitterrand ait abaissé l’âge de la retraite de 65 à 60 ans, alors qu’il avait lui-même promis pendant la campagne électorale présidentielle de ne pas modifier ce droit.

Cette volonté du pouvoir de faire passer en force un choix politique injuste, où l’on tente de faire payer le monde du travail plutôt que les plus riches, nous fait penser à la méthode du président de la Région Réunion concernant par exemple le tram-train. Pendant la campagne électorale, il avait promis qu’il organiserait un référendum sur ce grand projet de service public pour le développement durable et une concertation avec les Réunionnais à ce sujet. À trois jours de la décision de la Région concernant le contrat entre la collectivité et le groupement Tram’Tiss pour réaliser cet équipement indispensable, où en est-on de cette concertation ? Alors que l’intersyndicale du BTP demande aux autorités compétentes une table-ronde sur le tram-train, il n’y a toujours pas de réponse à l’approche de cette échéance et l’on ne voit que du passage en force.

Ces pratiques du chef de l’État et du président de la Région se ressemblent donc beaucoup et elles n’ont rien de démocratique, ni sur le fond, ni sur la forme. L’intérêt du peuple est sacrifié au profit des nantis, que ce soit pour les retraites et pour le tram-train. D’ailleurs, un dirigeant du Parti socialiste en France, Laurent Fabius, qui fut Premier ministre de François Mitterrand, a justifié la décision de l’ancien président de la République et il a traité Nicolas Sarkozy de « président démolisseur », à propos du dossier des retraites. Quand on pense aux dégâts que feraient d’une part la réforme de la retraite et d’autre part la casse du tram-train, on passe clairement d’un démolisseur… à l’autre.

L. B.


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