Edito

Dans le collimateur du “modèle” américain : la fraternité

Témoignages.re / 19 septembre 2009

L’actuel débat qui passionne et divise les étatsuniens tourne autour de la volonté d’Obama d’instituer un système de protection sociale indépendant des banques et des sociétés d’assurance. Un embryon de sécurité sociale. La réaction a été brutale : pour nombre d’Étatsuniens, notre Sécu porte le sceau du communisme. Le Diable !
Pour faire pièce à Marx, l’un des gourous de l’économie "libre", Milton Friedman (1912—2006) a imaginé LA théorie d’une économie 100% libérale : "Capitalisme et Liberté" (1962). En 1976, ses travaux ont été couronnés du prix Nobel de l’économie. Pour Friedman inconditionnel de la “concurrence libre et non faussée”, l’économie de marché, débarrassée de toute contrainte sociale est le plus sûr moyen de créer de la richesse et de l’emploi.

Pour que cette théorie fonctionne, Milton Friedman professe que, lors de la survenue d’un désastre — naturel ou provoqué — il faut mettre à profit la sidération frappant alors tout un peuple, pour mettre en œuvre sa doctrine économique. Les premiers travaux pratiques grandeur nature ont eu lieu au Chili, en 1973, un 11 septembre [1]. Ce coup d’État, orchestré par l’administration Nixon, a vu s’abattre sur le peuple chilien une véritable entreprise génocidaire. « Débarrassons le Chili de ses élites corrompues par des idées sociales. Instaurons un capitalisme de la liberté » proclamaient alors les supporters de Milton Friedman.

On connaît le terrible résultat : massacres, tortures, enlèvements, camps de concentration, inflation de 400%, envolée des prix des aliments de première nécessité ; émeutes de la faim ; explosion du chômage ; entreprises publiques mises à mort au profit des multinationales étatsuniennes ; importation massive de main-d’œuvre substituée à une main-d’oeuvre locale jugée trop imprégnée de luttes syndicales ; réseaux d’eau potable et d’électricité laissés à l’abandon, etc. Pour Friedman et ses adeptes (les Chicago Boys), ces violences étaient nécessaires. L’économiste, ses amis et le gouvernement Nixon se basaient sur les travaux d’un savant fou, un tortionnaire d’État — Ewen Cameron — qui, à force d’électrochocs, de douleurs, de chocs émotionnels et de privations sensorielles, s’attachait à détruire les structures mentales de ses cobayes humains pour en faire des « hommes nouveaux ».
Bien qu’informés de ces crimes, Mme Thatcher, en Grande-Bretagne, Ronald Reagan aux USA, entonnant les louanges de Pinochet, s’attachèrent à mettre en pratique les mêmes procédés dans leur pays. Mais ceux qui ont le “mieux” mis en pratique cette doctrine d’épouvante sont les présidents Bush [2] père et fils. Pour ceux-là, les désastres résultant des guerres qu’ils provoquent sont gages de la prospérité économique. On part en croisade, on envahit, on massacre, on détruit toutes les structures, on pille les musées, brûle les bibliothèques, et quand, terrorisé, ayant perdu tout repère face à ce déchaînement de force brutale, le peuple se rend, on installe “la démocratie” sous les applaudissements des démocraties européennes.

Hier soir, les téléspectateurs de Tempo [3] ont pu, tout à loisir, découvrir le véritable visage de la doctrine libérale friedmanienne au nom de laquelle le monde est “gouverné”. Des guillemets pour gouverné tant il est vrai que notre monde est actuellement régenté plus qu’il n’est gouverné. À l’idéologie des droits de l’Homme se substitue peu à peu sous nos yeux la montée d’un capitalisme se ragoulant du désastre [4].

 Jean Saint-Marc  

[1Comme pour le 11 septembre 2001 et les Twin Towers

[2George Bush père, membre, depuis 1948, d’une société secrète « Skull and Bones » (le Crâne et les Os) appelée aussi Brotherhood of Death » (« la confrérie de la mort »), fut également (1975 et 1976) directeur de la CIA. -

[3« Les Yes Men refont le monde » (ARTE) – suivie de « Survivre à l’ouragan » (Katrina)

[4Lire « La stratégie du choc ; la montée d’un capitalisme du désastre », de Naomi Klein (Actes Sud)


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