Edito

De la théorie du libre-échange dans la zone COI

J.B. / 5 décembre 2012

Lors de son premier discours semestriel, le Président de la République a surpris plus d’un en parlant de la nécessaire « compétitivité » des entreprises françaises. Pour cela, il a prévu de leur octroyer 20 milliards d’euros de crédits d’impôt ! Le peuple paiera la note par des augmentations de TVA, en particulier. Inscrite dans l’immédiat, l’initiative est audacieuse et extrêmement risquée, car chacun a encore en mémoire les 14 milliards de cadeaux fiscaux du début de mandature de Sarkozy. Cela lui est resté collé à la peau.

Et, la semaine dernière, La Réunion accueillait un Forum économique des pays de la zone. Ce fut l’occasion pour certaines personnes d’affirmer que notre île devrait se « spécialiser » dans l’économie de service et ne pas s’embêter avec l’industrie, qualifiée pour la circonstance « d’industrie de substitution » . Il est dommage qu’aucun Réunionnais présent ne se soit levé pour corriger le tir.

Ces prises de position sur « la compétitivité » et sur « la spécialisation » reposent sur une conviction idéologique, érigée en loi : les bienfaits du libre-échange. Les orientations et mesures proposées ont pour objectifs de perfectionner le système, le rendre compatible avec la crise actuelle.

Or, pour prendre notre cas, la crise structurelle que nous connaissons est le résultat d’une expérience de libre-échange colbertiste franco-réunionnais qui a fini par priver d’emploi environ un tiers de la population active. Devant un tel désastre, comment faire croire aux Réunionnais que c’est ce libre-échange, de surcroît ouvert à la zone, qui procurera des emplois en masse aux 160.200 inscrits à Pôle Emploi, sans compter les 250.000 scolarisés qui pointent à la vitesse de 7.000 par an dans la population active.

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C’est fou comme la pensée unique bloque l’examen d’une situation spécifique. Engoncées dans des certitudes, des centaines de personnes se réunissent pour parler « business » dans une zone où le problème essentiel, c’est qu’on meurt par milliers en kwassa-kwassa. Aucun document officiel de ce Forum ne fait ressortir les raisons et le poids économique de ces aventures meurtrières. Compte tenu de son importance et sa durée dans le temps, on est bien face à un problème structurel.

En 1981, les socialistes au gouvernement auraient pu choisir un chemin différent que celui de leurs prédécesseurs, ouvert par la crise franco-comorienne de 1975. La pensée unique des partis parisiens a fermé toute solution durable et provoqué le plus grand cimetière marin de l’histoire économique moderne. La responsabilité de la France, membre influent de la COI, est totale. Trente-sept ans après, la population de Mayotte a été multipliée par 3 sans perspective d’intégration pour les Mahorais.

Dans ces conditions, l’abattement des frontières, pour accélérer le libre-échange, est suicidaire.

Ary Yee Chong Tchi Kan


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