Edito

Démission de Christiane Taubira : la conviction avant toute autre considération

J.B. / 28 janvier 2016

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Christiane Taubira lors de sa dernière visite à La Réunion.

« Je quitte le gouvernement sur un désaccord politique majeur, je choisis d’être fidèle à mes engagements, à mes combats » C’est après cette déclaration à la presse que Christiane Taubira a annoncé sa démission du poste de ministre de la Justice.

Cela faisait plusieurs semaines que le désaccord s’exposait publiquement. La Garde des Sceaux était contre l’inscription de la déchéance de nationalité dans la loi constitutionnelle promise par le président de la République lors de son discours au Congrès le 16 novembre dernier, trois jours après les attentats de Paris. Elle avait été désavouée publiquement en sa présence par le Premier ministre. Christiane Taubira a donc choisi de ne pas s’accrocher à son poste et quitte le gouvernement.

Avant elle, d’autres responsables politiques ont choisi de démissionner pour montrer leur désaccord avec la politique suivie par le gouvernement, et pour faire avancer la cause qu’ils défendaient.

À La Réunion, deux députés du PCR avaient pris cette décision en 1987 : Paul Vergès et Élie Hoarau. L’année précédente, les élections législatives avaient lieu à la proportionnelle à un tour. Ce type de scrutin ne permettait pas de déployer les manœuvres qui avaient jusqu’à présent empêché l’élection de députés du PCR à La Réunion. Sur 4 députés élus cette année-là, deux étaient des communistes réunionnais.

Le gouvernement issu des élections a pris le parti de soutenir les adversaires de l’application de la loi du 19 mars 1946. Ce texte prévoyait que l’égalité des droits entre les Réunionnais et les habitants de la France au 1er janvier 1947. En 1986, elle n’était toujours pas appliquée. Les conservateurs ont alors voulu lui donner le coup de grâce, en inscrivant dans la loi l’infériorité des Réunionnais, c’était la parité.

Il existait encore la possibilité d’annuler cette loi réactionnaire. Il suffisait que le PS dépose un recours au Conseil constitutionnel. Il avait de grandes chances d’être accepté, car la loi sur la parité violait un principe fondamental de la République, l’égalité entre les citoyens. Mais les socialistes ont préféré laisser faire.

Les deux députés communistes ont alors décidé de démissionner. En France, cette décision a eu l’effet d’une bombe. À La Réunion, c’était encore plus amplifié. Paul Vergès et Élie Hoarau ont donné à l’opinion en France les raisons de leur décision, et à La Réunion, le PCR a mené une grande campagne d’explication. L’année suivante, lors de l’élection présidentielle, François Mitterrand s’est rallié au mot d’ordre d’égalité. Lors du scrutin, l’égalité a balayé les soutiens de la parité. Puis au bout de quelques années, l’égalité promise le 1er janvier 1947 s’est effectivement appliquée.

La démission de Christiane Taubira s’inscrit dans cette ligne tracée par ses deux prédécesseurs réunionnais : les convictions passent avant toute autre considération.


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