Edito

Dépendance organisée

Geoffroy Géraud-Legros / 1er mars 2011

L’enchaînement des crises dans le Maghreb, en Egypte et en Libye a provoqué une envolée des prix du pétrole. Du fait des violents affrontements qui ont lieu en Lybie, 15ème exportateur au monde, le baril a atteint la semaine dernière le prix record de 120 euros. L’Arabie saoudite ayant décidé de se substituer à la production libyenne, les cours devraient redescendre dans les jours qui viennent. Encore cette décision ne règle-t-elle pas, loin de là, les perturbations provoquées par la guerre civile libyenne dans le circuit de production et de transformation des hydrocarbures. Sur le plan technique, les raffineurs affirment qu’il n’est pas si simple de remplacer le pétrole paraît-il « fin et léger » venu de Libye par celui d’Arabie saoudite, dont on apprend qu’il est « lourd et acide ». Sur le plan géopolitique, l’initiative de Ryad est un nouveau facteur de tension avec l’Iran. Actuellement aux commandes de l’OPEP, les autorités de Téhéran n’approuvent pas ce surcroît de production saoudienne… qui s’effectue aux dépens de leurs propres ventes.

La crise libyenne fait apparaître que s’il est opaque et tortueux, le réseau qui va de l’extraction à la consommation du pétrole est aussi extrêmement fragile, susceptible d’être troublé, voire interrompu par les chocs qui frappent les économies et les sociétés des pays producteurs. Des tensions qui, mathématiquement, devraient gagner en intensité au cours des décennies qui viennent : d’abord parce que la raréfaction du pétrole aiguisera encore les appétits impériaux ; ensuite, parce que les régions où se trouvent les gisements s’étendent entre les deux grands espaces rivaux du siècle qui vient.
L’avenir des régions non productrices d’hydrocarbures dépendra donc largement de leur capacité à remplacer le pétrole par d’autres énergies. Cet impératif est aussi dicté par une autre crise : celle du climat, contre laquelle la réduction des gaz à effet de serre constitue la seule parade.

On mesure donc la responsabilité de l’équipe qui, depuis près d’une année déjà, a pris les rênes de la Région Réunion. Abandon du chantier du tram-train, abandon de la géothermie, « largage » du photovoltaïque… Sciemment, l’UMP a mis fin à tous les équipements qui devaient produire ou utiliser des énergies renouvelables, ou encore offrir une alternative au tout-automobile. Plus que jamais, les Réunionnais sont condamnés à la dépendance énergétique… pour le plus grand profit des vendeurs de pétrole.

Geoffroy Géraud-Legros



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Messages






  • Il faudra reprendre le chantier du trame-train, l’extension du photovoltaïque, les recherches sur la géothermie et toutes les autres sources d’énergie renouvelables comme, par exemple, la culture du phytoplancton ... Sinon nos petits enfants ne comprendraient pas pourquoi nous nous sommes laissés glissés passivement vers la catastrophe . Ce sera une question de courage politique et de volonté économique.

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