Edito

Des barrières dérisoires

Manuel Marchal / 29 juillet 2010

10% de rendement en moins dans l’agriculture = 2% de la population d’un pays obligée d’émigrer. C’est ce qu’annonce une récente étude de l’Université de Princeton aux États-Unis. Selon ces scientifiques, le changement climatique va provoquer une baisse du rendement dans l’agriculture au Mexique, ce qui entraînera l’afflux de 6 millions de Mexicains supplémentaires vers les États-Unis au cours des prochaines décennies.
Cette migration ne sera pas la seule. En effet, la population du monde doit atteindre 9 milliards d’habitants, et cette augmentation sans précédent a lieu au moment où se font sentir les premiers impacts du réchauffement climatique. À ce phénomène s’en ajoute un autre, celui de la mondialisation des échanges.
Autrement dit, le monde ne peut que connaître d’importantes migrations qu’aucun mur ne pourra arrêter.

Or à contre-courant de l’Histoire, c’est un mur qui a été dressé voici seulement une quinzaine d’années entre Mayotte et les îles voisines. L’obstacle mis par l’administration à la libre circulation a provoqué de trop nombreux morts. Quant à ceux qui arrivent à survivre à la dangereuse traversée, ils sont condamnés à la précarité, cible des mauvais traitements. Le centre de rétention de Mayotte en est l’illustration : 140 personnes entassées dans 137 mètres carrés. « Le centre n’est pas équipé de lits, et chaque personne ne dispose pas de natte de couchage », constate Jean-Marie Delarue, contrôleur général des lieux de privation de liberté, dans "le Journal officiel".

Mais tous ces obstacles n’empêcheront pas la population mondiale passer de 6,5 à 9 milliards d’habitants, ne pourront pas s’opposer à la hausse des températures et toutes ses conséquences. Inventer un "vivre ensemble" pour 9 milliards d’êtres humains, c’est un défi qui se joue dès maintenant.

M.M.


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