Edito

Des médias kleenex

Geoffroy Géraud-Legros / 27 août 2010

Il n’a jamais manqué de bons esprits pour faire la leçon à “Témoignages”. Notre journal, s’écrie le chœur des bien-pensants, serait « idéologique ». Comme tel, il ne correspondrait pas aux canons de l’objectivité et de la neutralité, nobles vertus dans lesquelles se drapent les critiques. Pire : “Témoignages” ne regarderait que dans une seule direction, et n’irait que là où on lui dit d’aller.
Il serait, au sens propre, et au sens figuré, « orienté ».
Un regard même rapide à de nombreux médias réunionnais suffit à montrer ce que vaut la prétention de neutralité politique.
Quant à notre orientation présumée…l’actualité montre le traitement que beaucoup de nos confrères consentent à subir de la part des autorités. Si les pouvoirs conservateurs d’autrefois gardaient une relative politesse envers la presse, celui qui est en place aujourd’hui n’a pas les mêmes égards.
Et de la même manière que les patrons utilisent leurs employés comme des salariés « kleenex » et les jettent après usage, les officiels se servent des médias pour faire leur promotion et les congédient lorsqu’ils ne leur servent plus. Et c’est bien de cette manière que les médias réunionnais ont été utilisés par Luc Chatel et Georges Tron tout au long de leurs déplacements dans notre île.
D’accord pour les séances photos devant les comités d’accueil exotiques, avec ségas et drapeaux tricolores de rigueur. D’accord pour les plateaux télévisions sans contradicteurs, les reportages flatteurs, les interviews épurées des questions gênantes. Mais lorsque l’agenda des ministres en voyage devient proprement politique, les journalistes deviennent indésirables.
Chatel tient-il un meeting à Sainte-Marie ? La presse n’est pas conviée. Un autre rassemblement à Saint-Pierre, cette fois-ci sous la houlette de Georges Tron ?
Circulez, y’a rien à voir… et le “Quotidien”explique lui-même avec candeur avoir été bordé.
Et c’est peut-être là le plus grave : si les notables en voyage usent de nos médias à leur complaisance, c’est aussi parce que ces derniers montrent quelques complaisances à se laisser utiliser. Et se laissent ballader selon le bon vouloir de ces messieurs du gouvernement. Ce qui s’appelle, au sens propre comme au sens figuré, être orienté.

G.G.-L.


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