Edito

Détak la lang

Geoffroy Géraud-Legros / 23 juin 2012

« Les paroles s’envolent, les écrits restent ». Difficile de croire ce dicton, après une campagne électorale au cours de laquelle des tonnes de papiers ont été noircies d’arguments, de petites phrases et de promesses. Bien sûr, tout ne se vaut pas : si d’un côté, la littérature militante des candidats PCR et socialistes pouvait revendiquer le sérieux du programme présidentiel, d’autres tartinaient des déclarations farfelues, ridicules ou mensongères. On pense au candidat du MODEM, dont les propositions consistaient à : créer des institutions qui existent déjà — un groupe de coordination des députés ultramarins. Annoncer des mesures irréalisables — la « reprise » de la concession de la SRPP par la commune de Saint-Leu et d’autres collectivités. Mentir, purement et simplement — la promesse d’une « lutte » contre la grande distribution, à laquelle M. Thierry Robert, vice-président du Département, a pourtant fait le beau cadeau d’une subvention des « produits solidaires », payés avec les impôts des citoyens.

Pour revenir aux candidats de la majorité présidentielle, la parole était double : d’un côté, les socialistes revendiquaient les 60 points du programme présidentiel. À ce tronc commun, les communistes, engagés dès les primaires pour l’élection de François Hollande, ajoutaient la parole donnée par ce dernier à Saint-Louis. Parole qui valait engagement du candidat socialiste, sur le programme de grands travaux du PCR, destiné à recréer une société de travail par le rattrapage du retard social et technique.
Nous connaissons la suite : notre parole, si élaborée, nos écrits, si détaillés, n’ont pas atteint leur cible. N’accusons pas trop la presse et autres faiseurs d’opinions uniformisés d’avoir brouillé notre message : après tout, ils sont là pour ça et nous le savons.
Ne nous laissons pas aller à l’irritation : on ne change pas le peuple parce que l’on a perdu les élections. Et surtout, surtout, évitons l’écueil de la culpabilité, de la flagellation et des inutiles mea culpa : nous n’en avons pas le temps.
Parlons, comme nous avons su le faire jusque-là. C’est-à-dire, en nous regardant en face, mais pour agir et organiser. Parler, mais non pas pour râler le cœur ou pleurnicher, mais pour repartir au plutôt à la bataille.

Car déjà, les paroles et les engagements se sont envolés. Du côté de Saint-Paul, ou la « liberté » et, singulièrement, la liberté de parole, servait de programme, on fait taire ceux dont la parole ne se réduit pas à des louanges. Envolées, déjà, du côté des députés socialistes, les paroles contre la casse de l’école. La Réunion ouvertement lésée par la distribution de postes supplémentaires, la nouvelle députée Éricka Bareigts se réjouit d’une mesure qu’elle aurait dénoncée il y a encore quelques semaines. Un reniement qui en annonce évidemment d’autres ; et l’on serait bien naïf de croire que Mme Bareigts et ses amis, qui nous font part tous les soirs de leur enchantement presque enfantin d’être dans l’Hémicycle y feront autre chose que du oui-oui. "Témoignages" nous invite aujourd’hui à « détaké la lang ». Face aux parjures et aux trahisons, qui s’annoncent, à nous de savoir nous parler. À nous de « démailler le cœur ». À nous, le temps de la parole. À nous le temps de l’action.

Geoffroy Géraud-Legros


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