Edito

Dimanche 18 janvier : qui sera Nigérian, Camerounais ou Tchadien ?

J.B. / 16 janvier 2015

Pendant que les regards étaient braqués sur l’attentat contre Charlie Hebdo et ses conséquences, un autre drame se jouait au Nigeria, un pays trois fois plus peuplé que la France.
Amnesty International a mené l’enquête sur des massacres perpétrés par Boko Haram. Environ 2.000 personnes auraient été tuées en quelques jours. Les premiers éléments se fondent sur l’étude d’images satellite montrant l’étendue des destructions, et sur les témoignages de survivants. Voici un extrait du communiqué d’Amnesty :

« À Doron Baga, plus de 3 100 structures ont été abîmées ou annihilées par le feu, ce qui représente la majeure partie de cette ville d’une superficie de 4 km². Un grand nombre des bateaux de pêche en bois visibles le long du rivage sur les images du 2 janvier ne sont plus présents sur celles du 7 janvier, ce qui confirme les témoignages selon lesquels des résidents ont fui en bateau de l’autre côté du lac Tchad.
Un homme d’une cinquantaine d’années a expliqué à Amnesty International ce qui s’est passé à Baga durant l’attaque : « Ils ont tué énormément de gens. J’ai vu peut-être 100 personnes se faire tuer à Baga à ce moment-là. J’ai couru vers la brousse. Ils continuaient à tirer et à tuer alors que nous courions. » Il s’est caché dans la brousse, et a plus tard été découvert par des combattants de Boko Haram, qui l’ont retenu à Doron Baga pendant quatre jours.
Ceux qui ont fui disent avoir vu beaucoup d’autres corps dans la brousse. « Je ne sais pas combien il y en avait, mais nous étions entourés de cadavres, à perte de vue », a dit une femme à Amnesty International.
Un autre témoin a déclaré que les hommes de Boko Haram tiraient à l’aveugle, tuant même des enfants en bas âge et une femme en train d’accoucher. « [L]e petit était à moitié sorti et elle est morte comme ça », a-t-il expliqué. »

La France a condamné ces faits par la voix d’un porte-parole du ministère des Affaires étrangères. Va-t-elle aller plus loin et répondre aux appels du Cameroun et du Nigeria qui sollicitent le soutien de la communauté internationale pour combattre Boko Haram.
Toujours aucune nouvelle des 200 lycéennes enlevées, plus de 2.000 personnes tuées en quelques jours et des centaines de femmes séquestrées par Boko Haram à la suite de la dernière offensive de ce groupe terroriste selon les témoignages recueillis par Amnesty.

Ce dimanche, une journée d’action est prévue par solidarité avec les victimes de cette guerre.
« Dimanche 11 janvier, nous étions Charlie, Policier, Musulman, Juif, Athée et Français, réunis pour défendre la liberté d’expression d’une même voix.
Dimanche 18 janvier, nous serons Nigérian, Camerounais et Tchadien, tous debout pour défendre la liberté de vivre. », précise le communiqué des organisateurs.
L’élan de solidarité créé par l’attentat contre Charlie Hebdo va-t-il s’amplifier pour sauver des milliers de Nigérians, de Tchadiens et de Camerounais menacés par Boko Haram ?
La France et ses alliés de l’OTAN vont-ils encore s’afficher en première ligne ?


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