Edito

Donner une perspective : une responsabilité des communistes

J.B. / 14 novembre 2017

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Ce 12 novembre marquait le premier anniversaire du décès de Paul Vergès, ancien dirigeant du Parti communiste réunionnais et un de ses co-fondateurs. Le PCR a aujourd’hui 58 ans, et il est important de rappeler le contexte de sa création. En 1959, cela faisait 13 ans que La Réunion n’était plus une colonie. Contrairement à la plupart des pays, le choix de décolonisation n’était pas l’indépendance, mais de faire partie de l’ancienne puissance coloniale. Quand les Réunionnais sortent de la guerre en 1945, le pays est ruiné, la malnutrition, la pénurie de personnels soignants et de médicaments ainsi que le paludisme font des ravages, l’espérance de vie n’atteignait pas 50 ans. Les Réunionnais se mobilisent alors pour concrétiser un mot d’ordre né avant la guerre : Réunion département français. À partir des syndicats, une organisation se structure : c’est le CRADS, Comité républicain d’action démocratique et sociale. Lors des municipales de 1945, il remporte la majorité des communes dont les plus importantes. Ce scrutin prépare la victoire des législatives d’octobre 1945, où les deux députés de La Réunion, Raymond Vergès et Léon de Lépervanche, sont issus du CRADS. Dès leur arrivée à Paris, ils unissent leurs revendications avec celles des autres élus des « 4 Vieilles » avec le soutien du groupe communistes, et arrivent à obtenir l’unanimité de l’Assemblée pour l’abolition du statut colonial. C’est la loi du 19 mars 1946.

13 ans plus tard, la situation de La Réunion ne s’était que trop peu améliorée. Une nouvelle génération de dirigeant émergeait. Certains d’entre eux s’étaient engagés dès 1942 dans la France Libre alors que l’issue de la guerre était loin d’être jouée. En Europe, ils avaient vu les transformations sociales amenées dans le sillage de la Libération. Ils avaient également la possibilité de suivre l’évolution des luttes des peuples qui secouaient le joug colonial dans l’ancien Empire français, au Vietnam et en Algérie notamment. De retour dans leur île, ils apportaient un regard nouveau. Sur la base de l’analyse qu’ils ont construite, ils étaient persuadés que la départementalisation était inapplicable. Ils ont su faire partager cette conviction qui est devenue une perspective : La Réunion a un peuple, et ce peuple réunionnais doit avoir son parti, le Parti communiste réunionnais, outil au service du changement de système, et instrument de la solidarité internationale des Réunionnais avec les autres peuples en lutte.

Si un communiste se doit de s’impliquer dans les luttes immédiates pour l’amélioration des conditions de vie de la population, son autre tâche principale est de donner une perspective sur la base d’une analyse. Dimanche, le discours du secrétaire général du PCR s’est efforcé de tracer une perspective. C’est tout d’abord de poursuivre le combat pour le respect du Réunionnais, sur le plan social et culturel. Ensuite, depuis 1959, la lutte des peuples a intégré une nouvelle dimension, celle de la protection de l’environnement. L’enjeu est crucial, car les modes de production et de consommation dominant ne font pas seulement qu’exploiter des êtres humains, ils sont responsables du dérèglement climatique. Aussi dimanche, le PCR a réaffirmé son engagement à s’impliquer dans la lutte pour la construction d’une nouvelle civilisation, où l’exploitation sous quelque forme que ce soit n’aura plus sa place. Elever le niveau en donnant une perspective, c’est aussi cela être fidèle aux combats de Paul Vergès.

J.B.