Edito

Droit dans le mur

Geoffroy Géraud-Legros / 7 juin 2011

Par glissements successifs, la position « dure » du Gouvernement de Tel-Aviv est devenue intenable sur le plan international. Après l’Amérique du Sud, après l’Union européenne, les États-Unis d’Amérique ont à leur tour pris position en faveur d’un État palestinien indépendant dans les frontières dite de la « ligne verte », c’est-à-dire des limites assignées à l’État d’Israël par le cessez-le-feu entre les autorités du jeune État hébreu et l’armée royale jordanienne, en 1949.

Des limites franchies par l’armée israélienne lors de la guerre des Six Jours, qui se solda par l’occupation de la Cisjordanie, de la Bande de Gaza et du plateau du Golan, arraché à la Syrie. Cette terre fut annexée à Israël le 14 janvier 1981. Trois décennies plus tard, alors que la Syrie est elle-même en proie à un processus complexe où se combinent tentatives de révolutions de palais, séditions, émeutes ethniques, répression et aspiration à plus de démocratie et de justice sociale, le Golan est le théâtre de violence opposant l’armée israélienne à des centaines de Palestiniens.

Le face-à-face ne laisse aucune chance aux seconds, armés de pierres et de drapeaux face aux soldats harnachés, caparaçonnés et armés de fusils de précision, positionnés en surplomb de l’autre côté de la frontière. Aux dires des témoins, les soldats de Tsahal se livreraient, sur ces hommes désarmés, à un véritable tir aux lapins : une vingtaine d’hommes auraient ainsi été froidement tués depuis ce week-end. Derrière ces meurtres, qui valent bien les tirs auxquels se livreraient les « snipers » de la police baasiste en Syrie voisine, et qui émeuvent bien plus nos médias, il y a l’intransigeance du gouvernement de Benyamin Netanyahu, premier ministre de l’État hébreu, qui s’enferme dans le refus de la proposition américaine.

Certes, le chef du Gouvernement israélien louvoie assez habilement sur la scène internationale : sentant venir la disgrâce, il multiplie les œillades en direction de la Chine, et fait mine de se pencher avec attention sur le plan proposé par Nicolas Sarkozy. Il n’a sans doute pas tort : le « lachâge » d’Israël par la Maison-Blanche qui se profile à l’horizon est sans doute mû par la volonté des dirigeants américains de retrouver des relations apaisées avec le monde arabo-musulman, indispensables dans le nouveau jeu géopolitique dont l’antagonisme sino-américain sera, sans doute, l’enjeu dominant.

Mais le danger véritable, pour le futur des Palestiniens comme pour celui des Israéliens, réside dans les dividendes politiques que M. Netanyahu pourrait espérer retirer d’une posture d’homme fort. Depuis le discours d’Obama favorable à un état palestinien dans les frontières de 1967, « Bibi » - c’est le surnom que lui donnent ses partisans - atteint des sommets dans les sondages. Une popularité qui pourrait le pousser à refuser l’occasion historique d’un règlement pacifique de la question, à l’heure où même le radical Hamas joue l’apaisement. Le message qu’a fait passer le dirigeant israélien en qualifiant la limite syrienne du Golan de « frontière souveraine d’Israël » est plus que clair. Pour satisfaire à un électoralisme à courte vue, Benyamin Netanyahu mènera-t-il deux peuples droit dans le mur ?

G.G.-L.


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