Edito

Du chemin de fer au retour des marines

J.B. / 12 juillet 2011

12 juillet 1882, le chemin de fer de La Réunion est livré. Entre Saint-Pierre et Saint-Benoît en passant par Saint-Denis, ce chantier a été construit en parallèle avec le creusement du port de commerce à la Pointe des Galets.
Au 19ème siècle, ce double chantier du port et du chemin de fer avait ses opposants. C’était notamment les propriétaires des marines qui parsemaient les villes du littoral.
Mais les promoteurs de la modernisation de La Réunion allaient tenir bon, et c’est tout le visage de notre île qui allait être transformé. Désormais, notre île avait des outils à la hauteur de son dynamisme, et elle allait poursuivre son décollage industriel.
Le port et le chemin de fer ont aussi été les moyens de transport des idées progressistes qui ont fini par vaincre le statut colonial. Les marins, les dockers, puis les cheminots informaient des changements les ouvriers des usines, les planteurs et les journaliers qui formaient alors la majorité de la population du pays.

Moins de 80 ans après sa création, il est décidé de supprimer le chemin de fer. Un instant décisif est un débat au Conseil général où une majorité "élue" par la fraude exécute l’ordre du Préfet Perreau-Pradier : détruire le train. C’est le point de départ de tous les problèmes de circulation que nous connaissons. Le prétexte invoqué est le manque de rentabilité, et l’opposition entre chemin de fer et route du Littoral à construire. Mais au fond, il s’agissait de casser un syndicat structuré qui avait fait ses preuves dans la lutte pour faire avancer la démocratie dans notre pays.
Quelques années après la décision, les autorités s’empressent de faire disparaître du paysage tout ce qui peut rappeler le chemin de fer, c’est une véritable entreprise d’effacement d’une trace du génie réunionnais dans la mémoire collective.
Mais quelques décennies plus tard, une nouvelle génération de responsables politiques arrive à négocier avec l’État la réparation de cette erreur tragique. C’est le Protocole de Matignon signé en 2007 par Paul Vergès et le Premier ministre. Il prévoit la construction d’un nouveau chemin de fer et d’une route du Littoral sécurisée, deux chantiers cofinancés par la Région et l’État.

Trois ans plus tard, les ultraconservateurs prennent le pouvoir à la Région. Sous l’étiquette UMP, ils sont porteurs d’un programme de démolition qui vise à ramener notre île bien loin en arrière : plus de train, route du Littoral sécurisée remplacée par un projet farfelu qui ne se fera jamais, et en prime le retour aux marines du 19ème siècle sous l’appellation "quais de débarquement" dans le Sud et dans l’Est.
Instrument de progrès, le chemin de fer symbolise aussi la victoire des modernisateurs sur les nostalgiques d’une époque archaïque. Rien d’étonnant alors que ces derniers se soient acharnés contre le tram-train avec la même hargne que contre la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR).
Mais dans 12 mois, nous célébrerons le 130ème anniversaire de la mise en service du train, à nous de créer les conditions pour que cette date symbolique puisse coïncider avec la certitude du retour définitif du train à La Réunion.

J.B.


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