Edito

Du sondage à la réalité…

J.B. / 3 février 2015

Il existe plusieurs manières de mesurer la popularité d’un gouvernement. La plus médiatique, c’est le baromètre de l’opinion. C’est un sondage fait sur un échantillon qualifié de représentatif. Il donne les pourcentages d’opinion favorable.
La plus réaliste, c’est l’élection partielle. C’est un scrutin qui se tient en dehors du calendrier électoral habituel. Quand il s’agit d’une ville d’importance, la portée va donc bien au-delà de la circonscription concernée. Certains commentateurs n’hésitent pas à dire qu’une partielle peut être un test pour le gouvernement. En effet, le nombre d’électeurs qui s’exprime est toujours nettement supérieur à celui des personnes interrogées dans un sondage d’opinion.

La France a vécu une tragédie au début du mois. 20 personnes sont décédées en trois jours dans la région parisienne à la suite de l’attaque contre Charlie Hebdo. Toutes ces morts tragiques ont suscité une émotion légitime. En France, des millions de personnes étaient dans la rue, pour participer aux plus grands défilés depuis la fin de la seconde guerre mondiale à en croire les autorités et les observateurs.
Le sondage qui a suivi a vu une remontée en flèche de la popularité du président de la République et du Premier ministre. En dessous de 20 %, François Hollande est remonté au-dessus de 40 %. Manuel Valls bénéficie d’un score encore plus élevé.
C’est la vision donnée par des sondages.

Dimanche, trois élections partielles avaient lieu en France. Certains pensaient que la vague d’émotion allait peser sur ces scrutins, en apportant un bénéfice aux candidats présentés par la majorité gouvernementale. L’autre prévision, c’était le recul de l’extrême droite en France. Ses chefs n’avaient pas voulu participer à la marche de Paris, et avaient organisé une manifestation en comité restreint dans une commune dirigée par un maire d’extrême droite.
Le résultat est à l’opposé des prévisions. Dans les trois cas, les candidats soutenus par le gouvernement ont été battus.
Une élection était particulièrement sous le feu des projecteurs : la législative partielle d’Audaincourt. Elle concernait la désignation du successeur de Pierre Moscovici à l’Assemblée nationale. Cette circonscription est proche des usines Peugeot à Sochaux. Elle était ancrée à gauche. En 2012, le candidat socialiste avait obtenu 40 % dès le premier tour, devançant l’UMP et l’extrême droite. Il avait ensuite été élu au second tour.
Pendant la campagne, Manuel Valls est venu tenir un meeting, preuve de l’importance de cette élection aux yeux du pouvoir.
Patatras, c’est l’extrême droite qui est arrivée en tête devant le PS. L’effet « Charly Hebdo » exprimé dans les sondages n’a pas eu sa concrétisation dans cette élection, sinon le PS aurait été largement devant.

Ce gouffre entre le sondage et la réalité fait réfléchir. Les habitants d’Audaincourt ne sont pas coupés du monde, ils ont vu l’attentat et ses conséquences.
À La Réunion, les sondages sont devenus une manière privilégiée de dessiner le rapport des forces, non plus entre des partis politiques, mais entre des individus comme c’est le cas en France. Depuis plusieurs mois, les prévisions vont bon train pour les régionales. Elles donnent deux personnes en tête. Gageons que les mois qui viennent, ce duo restera devant avec peut-être un changement entre le premier et le deuxième et rien de plus.
Mais comme viennent de le rappeler les dernières élections en France, du sondage à la réalité, il peut y avoir un gouffre.


Kanalreunion.com