Edito

Emplois aidés : le cynisme à ciel ouvert.

Geoffroy Géraud-Legros / 9 février 2011

Les travailleurs ne sont-ils bons qu’à « faire le tas », en attendant le jour des élections, où ils seront priés d’aller voter pour ceux qui leur ont donné un petit contrat ? C’est bien cette conception qui semble guider la politique de la Région en la matière. Dénoncée avec force par Huguette Bello, celle-ci est un véritable scandale. Scandale, la coïncidence évidente entre la carte des emplois aidés attribués en période pré-électorale et celle des cantons renouvelables. Scandale, l’identité des associations bénéficiaires, notoirement proches de l’UMP. Scandale enfin, révélé par notre confrère Idriss Issa dans "le Quotidien" de lundi, l’incurie évidente des structures bénéficiaires, qui ne prennent même pas la peine d’organiser un semblant d’activité pour les travailleurs.
La Rome antique nommait "prolétaires" ceux qui n’avaient pour vivre que leurs enfants. La Révolution industrielle a désigné sous ce vocable ceux qui n’existaient qu’à peine, par la vente de leur force de travail. La droite sarkozyste de La Réunion a son prolétariat, auquel est même refusée la dignité de travailler. Une masse que les politiciens aux ordres de Paris ne considèrent pas mieux qu’une clientèle, qui n’existe à ses yeux qu’à travers le bulletin de vote qu’on lui demande de couler dans l’urne lorsqu’arrivent les élections. Et c’est cette honte à ciel ouvert que nous décrit le journaliste, évoquant ces travailleurs qui viennent chaque matin devant un chantier inexistant, avant de repartir chez eux.
Comment ne pas mesurer le cynisme de ces dirigeants et de leurs alliés, prétendants à des fonctions élevées au sein de la République, qui détournent sans vergogne une mesure destinée à atténuer les dégâts du chômage ? Comment ne pas redouter l’arrivée au pouvoir de pareils "candidats", prêts à bâtir leur réussite électorale en piétinant la dignité de leurs concitoyens ? Comment ne pas vouloir dès aujourd’hui, sanctionner ceux auprès de qui ils prennent leurs instructions, à Paris et à La Réunion ?

G.G.-L.


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