Edito

En 1985, la Jeunesse avait pris ses responsabilités

Ary Yée Chong Tchi Kan / 13 août 2015

1985-2015, il y a 30 ans La Réunion accueillait le Festival de la Jeunesse et des Étudiants des Îles de l’Ocean Indien. Nos 5 îles étaient représentées. L’emblème reprenait la rosace a 5 pétales du Festival Mondial de la Jeunesse et des Étudiants représentant 5 continents. Le thème principal était : "Océan Indien Zone de Paix". Une chanson fut écrite collectivement avec ce titre, ce qui devint l’hymne du Festival. Ce fut un grand succès et un témoignage de l’amitié entre les peuples des îles.

Cette année-là, 1985, avait été décrétée par l’ONU, "Année Internationale de la Jeunesse". La France et son ministre de la jeunesse n’avaient rien prévu à La Réunion. Le CORJ (Comité d’Organisations pour le Rassemblement de la Jeunesse) profita du vide institutionnel et fit inscrire le festival réunionnais au programme international sous l’égide de l’UNESCO. La thématique de la Paix était un mot d’ordre mondial qui prenait beaucoup d’importance dans l’espace india-oceanique, à cause de la militarisation de Diego Garcia et l’existence sur notre sol d’une antenne de réception du réseau américain OMÉGA.

La ville d’accueil était Saint-Louis ; le maire Claude Hoarau et la jeunesse de la ville s’étaient beaucoup impliqués. La cérémonie d’ouverture du Festival avait commencé par un magnifique défilé parti de la Place de la Mairie vers le stade de football, où mille jeunes avaient pris place sur le terrain pour exécuter une chorégraphie collective.

Le programme établi sur une semaine avait prévu des activités culturelles, politiques et de découvertes. L’avenir de la Jeunesse était au coeur des échanges entre les délégations. Les changements étaient intervenus chez voisins. Ils offraient un cadre idéal. La Réunion était particulièrement intéressée car, 3 ans avant, en 1982, nous avions organisé " la Marche de la Jeunesse pour l’Emploi et l’Avenir". Durant une semaine, des centaines de jeunes ont marché depuis Saint-Joseph jusqu’au Port. Une autre branche en avait fait de même depuis Sainte-Rose. Un magnifique rassemblement avait clôturé tout ce programme au Stade Lambrakis du Port. La Réunion n’avait même pas 50.000 chômeurs. La jeunesse voulait prendre sa part dans l’interpellation du gouvernement de l’alternance, un an tout juste après son avènement, en 1981.
La volonté de peser sur le changement avait pris une tournure inédite avec les grandes manifestations lycéennes et collégiennes de 1984. Durant plus d’une semaine, des dizaines d’établissements du secondaire se sont mis en grève pour réclamer la " Bourse aux Boursiers, la cantine gratuite". C’était un aspect de la revendication de l’égalité. Le gouvernement du Premier ministre Fabius fut contraint d’accéder à la demande des Jeunes, et la grève prit fin.

La célébration de l’Année Internationale de la Jeunesse en 1985, s’est inscrite dans ce contexte de bouillonnement de notre jeunesse. La dernière manifestation eut lieu le 11 novembre à Saint Leu, lors d’une grande Conférence de la Jeunesse. Nous n’avions pas beaucoup de moyens, mais jamais, nous avions eu à déplorer la cacophonie et les humiliations qui ont émergé a l’occasion des JIOI. Nous avions pris nos responsabilités, la France la sienne.


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