Edito

En Chine : 10 secondes pour recharger un bus électrique

J.B. / 30 juillet 2015

Le projet Tram-Train, de Saint-Benoît à Saint-Joseph, est très populaire. C’est le seul moyen pour sortir du coma circulatoire et de l’augmentation de la pollution due au gaz carbonique. Depuis, 2010, la population mesure l’acte criminel réalisé par ceux et celles qui ont poussé à la suppression de cet équipement essentiel. Ce projet était la suite logique, après l’ouverture spectaculaire de la route des Tamarins qui avait fait sauter l’énorme bouchon de l’Ouest et désenclaver le Sud. Paul Vergès, qui était à la présidence régionale, avait également prévu d’installer aux abords de la route des centrales photovoltaïques pour alimenter un réseau de stations services d’un genre nouveau ; cela aurait permis de faciliter la fourniture de moyens peu onéreux aux automobiles électriques et améliorer leur pouvoir d’achat. Etait-il trop en avance sur son temps ?

Il y a une semaine, les Chinois ont présenté au public un autobus électrique qui a la particularité de se recharger en 10 secondes. Oui, “10 secondes”, c’est à dire le temps que vous avez pris pour lire 3 lignes d’écriture. Ce moyen révolutionnaire a été présenté à Ningbo, une ville portuaire située près de Shanghai. L’expérimentation publique a été faite sur un tronçon de 11 km desservi par 24 arrêts. Le procédé est adapté au circuit court de la ville. Les 10 secondes sont “pris” aux arrêts bus, au moment du transfert des passagers. Un plein est largement suffisant pour faire 5 km. De plus, il consomme 30 à 50% de moins que les autres véhicules électriques connus. Les batteries ont une durée de vie de plus de 10 ans. Les autorités prévoient de mettre en service 1200 exemplaires : de quoi donner du travail durable aux habitants de la ville et réaliser de substantiels gains de valeurs ajoutées.

Les Chinois ne sont pas seuls au monde à concourir sur ce segment de recherche et développement. Le sujet est tellement vaste que La Réunion, qui dispose également du potentiel intellectuel nécessaire, aurait pu participer au challenge. L’ambition du projet Tram-train électrique couplé au développement de stations électriques alimentées par le soleil auraient soulevé bien des problèmes inédits et débouché sur des solutions appropriées. Cela aurait été notre contribution au monde, agrémentée par de multiples partenariats technologiques.

Alors, Paul Vergès était-il en avance sur son temps ? Ce qui est sûr, ses camarades et lui sont imbus d’une mystique du développement que le reste du personnel politique ne possède pas. Ce n’est pas faire injure à ces derniers que de le dire, c’est une logique de classe sociale à laquelle on est assimilé. La plupart des politiques Réunionnais ne sentent pas le besoin de développer durablement leur pays. Malgré les 178.000 demandeurs d’emploi, ils soutiennent l’importation contre la production. Ceci est vrai pour l’énergie comme pour la farine et le ciment. Et l’histoire ne nous attend pas. Même cette performance de 10 secondes pour recharger une batterie sera tôt ou tard dépassée. Il ne faut jamais rater le train de l’histoire.


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