Edito

En France, un député défend encore le FASO

J.B. / 21 février 2014

Mardi soir, l’Assemblée nationale a débattu d’une résolution visant à reconnaître la responsabilité morale de l’État dans l’exil de 1.600 jeunes Réunionnais vers la Creuse et d’autres départements de France entre 1963 et 1982.

L’UMP a refusé de voter pour, et son porte-parole, Didier Quentin a commencé son propos par une citation attribuée à un ancien président socialiste du Conseil général de la Creuse : « Tous ces procès posthumes, ces déballages de turpitudes, vraies ou fausses, mais rarement désintéressées, ne peuvent qu’alimenter la division des Français, trop enclins à s’entre-déchirer, et ternir l’image de notre pays. L’histoire, la vraie, exige plus de recul et de sérénité ». Le député a ensuite dit que la situation démographique avait amené les pouvoir public à décider d’« une politique ambitieuse de migration vers la métropole », le BUMIDOM.

« Comme stagiaire de l’École nationale d’administration à la préfecture de La Réunion en 1972, j’ai été personnellement témoin de ces évolutions, conduites par de grands serviteurs de l’État, comme le préfet Paul Cousseran, ancien déporté, préfet humaniste, ou Bernard Grasset, qui était alors secrétaire général de la préfecture et sera par la suite député socialiste, de 1997 à 2002 », poursuit le député avant de faire l’éloge de Michel Debré : contrôle des naissances, mesures sociales… et sans oublier ceci : « pour lutter contre la misère de la population, Michel Debré a créé un fonds d’action sanitaire et sociale qui a notamment permis la création de cantines scolaires gratuites ». Bref, Michel Debré était un « véritable bienfaiteur de La Réunion ».

Prononcé à la tribune de l’Assemblée nationale, ces propos ont ramené La Réunion 40 ans en arrière. A croire que le député s’était cru revenu à l’époque où il était stagiaire à la préfecture de La Réunion.

Car en tant que haut fonctionnaire en poste dans notre île, il ne pouvait pas ignorer le mécanisme de financement des "cantines gratuites". Comme tous les citoyens de la République, les Réunionnais ont accès aux allocations familiales. Mais pendant près de 50 ans, ils ne percevaient pas ceux à quoi ils avaient droit. En effet, une grande partie des sommes revenant aux Réunionnais étaient détournées dans le FASO, pour servir notamment à payer les cantines. Ces cantines n’étaient pas gratuites, mais elles étaient financées par les allocations familiales de tous les Réunionnais, que leurs enfants aillent ou pas à la cantine. Le scandale du FASO avait été maintes fois dénoncé par le PCR. A force de luttes, cette bataille a été gagnée, et aujourd’hui les Réunionnais reçoivent les mêmes allocations familiales qu’un citoyen vivant en France.

Or le FASO était justement une création de Michel Debré.
Cet épisode est là pour rappeler combien il est encore très difficile pour de nombreux Français de regarder leur Histoire.

 J.B. 


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