Edito

En Guyane comme à La Réunion, en finir avec « un modèle économique néocolonial »

J.B. / 18 avril 2017

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En Guyane, la crise continue, cela fait plus de trois semaines que la grève générale a commencé, et aucune solution n’est à l’ordre du jour pour le moment. Le gouvernement reste campé sur ses positions ne veut pas aller au-delà d’un plan d’urgence d’un milliard d’euros. Les représentants des Guyanais en lutte demandent trois fois plus et de nouvelles relations avec Paris. Ils demandent plus de responsabilité.

À La Réunion, le Parti communiste réunionnais estime que l’origine de la crise vient d’un système à bout de souffle, qui n’arrive plus à répondre aux problèmes actuels et aux défis futurs, et qui produit des inégalités et de la pauvreté. Le PCR n’est pas le seul à avoir cette analyse. Ailleurs dans le monde, d’autres voix sont convergentes. C’est ce que rappelle un article paru le 14 avril dans « l’Humanité ».

L’économiste « Michel Branchi dénonce un modèle économique néocolonial de développement de l’outre-mer à bout de souffle et prône plus d’autonomie politique pour ces territoires », écrit notre confrère. Cette conclusion s’appuie sur une analyse que l’économiste résume de la sorte :

« Les Drom sont dans une économie de captation avec la départementalisation décidée en 1946. Celle-ci se caractérise par un taux de couverture des importations par les exportations de seulement 8 %. Les échanges sont profondément inégaux. Le territoire importe beaucoup pour les biens alimentaires, mais exporte peu : du rhum, de la confiture, des fruits et des légumes. Il y a aussi très peu d’industries alors que la Guyane regorge de métaux, de richesses halieutiques (maritimes – Ndlr)… L’inscription dans l’Union européenne a accentué cette dépendance économique. Les Drom ont le statut de région ultrapériphérique (RUP) de l’UE et sont régis par l’article 349 du traité européen qui nous intègre au marché européen et nous reconnaît, en théorie, des spécificités. Mais, dans les faits, nous n’avons pas la possibilité de donner la préférence au marché local. La Guyane ne peut pas non plus commercer avec le Brésil et le Surinam. Récemment, les entrepreneurs du BTP sur place ont négocié avec le Centre spatial guyanais (CSG), à Kourou, pour obtenir leur part du gâteau mais, pour citer Françoise Vergès, le Centre spatial demeure « une colonie dans la colonie ».

Pour sortir de la crise, Michel Branchi plaide pour une réforme institutionnelle : « on ne peut pas assurer le développement d’un territoire par-dessus la tête de ses habitants. En ce sens, l’Association des régions de France (ARF) a envoyé une lettre à tous les candidats à la présidentielle pour revendiquer plus de pouvoir pour les collectivités, notamment en matière de fiscalité. »

La demande de responsabilité du PCR rejoint d’autres analyses. Ces dernières soulignent une dynamique qui existe dans de nombreux territoires. Le moment décisif approche. Dans 5 jours, le bulletin Mélenchon renforcera cette revendication.

J.B.