Edito

Enfants de la Creuse : les Réunionnais amènent la France à regarder son Histoire en face

J.B. / 19 février 2014

51 ans après les premières rafles d’enfants réunionnais, l’Assemblée nationale a débattu hier d’une proposition de résolution sur les Enfants de la Creuse. Le texte demande d’approfondir la connaissance historique de ces faits, et considère que « l’Etat a manqué à sa responsabilité morale envers ces pupilles ».
A l’heure où nous mettons sous presse, cette proposition ne fait pas l’unanimité. Contrairement à la loi reconnaissant l’esclavage en tant que crime contre l’humanité, un groupe parlementaire a décidé d’expliquer son refus de voter pour. Il s’agit de l’UMP pour qui le texte est considéré comme une attaque portée à Michel Debré.

Les enlèvements d’enfants réunionnais ont duré aussi longtemps que le BUMIDOM, près de 20 ans. Au bout de 5 ans, "Témoignages" arrivait à briser le mur du silence. Il était combattu par le pouvoir de l’époque, qui tentait à grand peine d’organiser le transfert de la majorité de la jeunesse réunionnaise vers la France.
Ce n’est qu’en 2005, 42 ans après les premiers enlèvements, que la presse en France a décidé de lever le voile sur cette affaire. Puis vinrent les démarches d’anciens enfants déportés pour obtenir réparation auprès de la justice, sans succès. Mais la chape de plomb s’était fissurée.
L’année passée, un documentaire sur l’enfance volée de ces Réunionnais avait été diffusé à une heure de grande écoute par Réunion Première. Il a suscité une grande émotion. Puis une stèle rendant hommage à la tragédie vécue par nos compatriotes a été érigée devant l’aérogare, là où ils ont quitté le sol de La Réunion pour un voyage sans retour.
Dans le prolongement de cette dynamique, la députée Ericka Bareigts a déposé une proposition de résolution.

Ce texte n’est pas une loi, il n’est porteur d’aucune contrainte. Et pourtant l’opinion en France est interpellée. Cette fois-ci, ce sont non seulement la presse parisienne, mais aussi les quotidiens régionaux qui décident de rappeler à leurs lecteurs ce que des dirigeants de la République ont pu faire à des Réunionnais. L’onde de choc est allée jusqu’à Londres, où le Guardian rappelle que cela ne peut se comparer qu’à ce que les Aborigènes d’Australie ont subi.
Depuis les premières révélations en 1968, 46 ans se sont écoulés. 46 ans de luttes de plusieurs générations de militants pour faire avancer une cause juste et qui amène aujourd’hui la France à regarder son Histoire en face.

J.B.



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  • merci tout le monde, tous les témoins de cette période, d’avoir parlé, d’avoir dit la vérité, plus jamais çà, mes deux frères et moi avons failli partir en

    1966 et mon père ayant vu le danger a dit à l’Assistante sociale de l’époque "j’ai fait mes enfants, je saurais les élever moi même". Il a été obligé de dire

    à mes grandes soeurs d’aller nous chercher à l’école pour éviter le rapt, je remercie beaucoup mon père car sans lui, je n’aurais pas connu ma fratrie,

    mon île, car malheureusement j’ai dû affronter 30 ans plus tard le témoignage d’une collègue qui a quitté Saint André à 4 ans et est arrivée au foyer

    dans le Gers au mois de novembre avec son petit frère de 2 ans, Mon Dieu !!! j’en ai eu les larmes aux yeux. Elle a retrouvé sa famille mais son frère est

    décédé entre temps à l’âge de 32 ans.

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