Edito

Entre illusion et cynisme, les guerres de Sarkozy

Geoffroy Géraud-Legros / 27 juin 2011

La Chambre des représentants américaine aura donc coupé la poire en deux : si elle a refusé d’entériner les mesures présentées par les sénateurs John Kerry (démocrate) et John Mac Cain (républicain), autorisant un engagement US en Libye, elle a aussi censuré un texte limitant les crédits susceptibles d’être débloqués par les USA dans ce conflit.

70 représentants démocrates ont rejoint les Républicains dans leur opposition à une participation américaine à la guerre, témoignant ainsi du peu d’audience que recueille la cause de la rébellion libyenne dans le champ politique US. Aux pôles de la diplomatie et de l’expertise économique, de nombreuses voix américaines s’élèvent contre une participation de la première puissance américaine au conflit. Ainsi, au cours d’une interview accordée au “Huffington Post”, l’ambassadeur Marc Ginsberg faisait état vendredi dernier des limites des actions menées par l’OTAN. Fustigeant une « coalition des hésitants et des incapables », il souligne « les insuffisances de la France dans le commandement de toute l’affaire ». Journalistes et spécialistes notent, enfin, l’absence de massacres étrangers aux opérations proprement dites.

Un sentiment que ne partage pas le président le la République française : vendredi dernier, à l’issue du sommet européen, celui-ci répondait avec quelque nervosité aux questions visant l’action de la France en Libye. Invoquant des arguments humanitaires, le locataire de l’Élysée dit redouter que des drames comparables à celui de « Chibénichka », lieu où, selon lui, l’inaction internationale avait permis le pire.

Le chef de l’État faisait probablement référence à Srebrenica (prononcer Sré-bré-ni-tsa), ville où l’armée des Serbes de Bosnie est accusée du meurtre de plusieurs milliers de Bosniaques en 1995. La prise de Benghazi, affirme M. Sarkozy, aurait donné lieu à des massacres pires encore que ceux de « Chibénichka », « M. Kadhafi » — qui est selon lui « fou » — ne se « serait pas contenté de 10.000 morts », déclarait-il devant les caméras.
Peu partagé, l’engagement de Nicolas Sarkozy pour éviter aux Libyens le martyre subi par une ville balkanique dont il ne connaît même pas le nom apparaît de plus en plus contesté dans ses motivations. Il y a quelques jours, une mission dirigée par CIRET-AVT, organe d’expertise anti-terroriste présidé par l’ancien préfet Bonnet, livrait un rapport incendiaire relatif, entre autres, à la composition de l’État-major du CNT.
Loin de rassembler des « Massoud libyens » — la formule est de M. Bernard-Henri Lévy, porte-parole et agent de liaison informel de l’Élysée depuis le commencement du conflit —, celui-ci se composerait en grande partie d’anciens hommes de main du Colonel Kadhafi et de fondamentalistes liés à la mouvance « Al-Quaeda ». Un constat d’ailleurs déjà effectué de l’autre côté de l’atlantique : face au Sénat, le général Stavridis, boss des opérations américaines dans la région, avait averti de « signes d’activités terroristes parmi les groupes rebelles ».

En résumé, sous une couverture médiatique de gloriole et de combat pour la liberté, les contribuables sont en train de payer pour une sédition dénuée d’ambition "démocratique", qui implique de surcroît des disciples d’Ousama Ben Laden....alors que pour combattre ces mêmes « terroristes » , ils financent dans le même temps la présence d’un corps expéditionnaire en Afghanistan. Une armée supposée combattre pour la liberté et les droits de l’homme, que les Afghans considèrent comme une garnison d’occupation.

63 jeunes hommes, dont 4 Réunionnais, sont tombés en terre afghane… pour rien, semble-t-il, puisqu’à la remorque des USA, la France vient d’annoncer le début du retrait d’un pays pourtant plus que jamais miné par la guerre civile, où le trafic de drogue, autrefois éradiqué par les talibans, est aujourd’hui plus florissant que jamais. Des « dangereuses illusions », mâtinées de « machiavélisme cynique », termes employés par le rapport précité, portées à grand renfort de cet argent public dont on compte chaque centime aux services publics et aux citoyens…

G.G.-L.


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