Edito

Ère « bat’karé », an II

Geoffroy Géraud-Legros / 23 juin 2011

Quel beau temps, tout de même, que ce siècle de la communication ! Là où il fallait autrefois chausser les lunettes, interroger et recouper, enfiler l’habit du reporter ou le pelage du rat de bibliothèque, publicistes et journalistes d’aujourd’hui accèdent, « en un simple clic » — comme on dit — aux renseignements convoités. Et n’allez pas croire, surtout, que cette facilité se paie par une banalisation accrue de l’information. La « com’ » est d’abord mise en scène permanente : quiconque possède un ordinateur peut s’imaginer en acteur de choc de la fameuse « société de l’information ».
À nouvelle époque, nouveaux héros, nouvelles intrigues et nouveaux drames, pas moins édifiants que ceux qui les ont précédés dans la longue histoire de la volonté de savoir. C’est l’ascension icarienne, et la chute infamante, de Julian Assange, fondateur et principal journaliste de la mystérieuse WikiLeaks, qui a, dit-on, fait trembler la CIA et les grands de ce monde. Inculpé pour viol, il est en prison depuis 6 mois : une détention « injuste », affirmait-il encore il y a quelques jours.
C’est, bien moins connu hors de son pays, le mathématicien et hacker Ilmar Poikans, condamné à 10 ans de prison en Lettonie pour avoir révélé, grâce à des documents authentiques et secrets, l’enrichissement illégal de certains membres de l’élite lettone.

L’ère de la communication a aussi sa mauvaise pente : plus que les époques passées, elle incline à la variété, à la facilité, au moindre effort. C’est, un peu partout sur la toile, le recours au ragot, les erreurs devenant vérités à force d’avoir circulé, la rumeur permanente et la mondialisation du ladi-lafé. Invoquer la technologie permet de faire du sensationnel à peu de frais ; prétendre avoir déterré une pépite sur l’Internet peut conférer à l’énoncé des banalités les plus déconcertantes l’aura de la révélation.
Il faut le dire : nous ne manquons pas, à La Réunion, de spécialistes du genre. L’un d’entre eux, on s’en souvient, a réalisé il y a peu un genre d’exploit : faire un « scoop » d’un rapport officiel, qu’il s’en était allé « pomper » sur le propre site de celui que, selon lui, ledit rapport mettait en cause. De ce document tout-à-fait représentatif du genre, présenté comme « confidentiel » par les Assange de la tour Cadjee, la presse réunionnaise s’est évertuée de faire une sorte de roman à épisode : des jours durant, notre presse n’a eu de cesse de présenter comme autant d’évènements des platitudes comptables.
La soif d’informer de nos grands communicants péi est pourtant sélective. S’ils se passionnent pour un peu de comptabilité et ergotent sur des déplacements lorsqu’il s’agit de l’ancienne majorité régionale, ils délaissent volontairement des affaires un peu moins réchauffées.

Vous ne lirez nulle part, par exemple, que Mme Couapel-Sauret, chargée d’un Trans-éco-express à géométrie variable (et décroissante) s’est récemment déplacée à Bruxelles, où elle a rencontré rien moins que le président de la Commission européenne, le Portugais José Manuel Barroso. Elle y a vu aussi la Commissaire Danuta Hübner, et la crème de l’élite de l’Union européenne. Que faisait-elle là ? Elle représentait Didier Robert, alors à Paris (2 heures de train), lors d’une importante réunion consacrée aux RUP (Régions ultra-périphériques). Un rencard avec le gratin européen auquel la bruyante vice-présidente de la Région est arrivée furieusement en retard, ce qui, soit dit en passant, la fiche un peu mal pour une spécialiste des transports urbains. Pire : Mme « 2.000 bus » n’a pas jugé bon d’excuser M. Robert. Conséquence : le procès-verbal de la rencontre le mentionne « absent et non excusé ». Une formule qui, blaguait une mauvaise langue de sa majorité, résume parfaitement sa performance à la tête de la Région Réunion. Des histoires affligeantes de ce genre, on vous en racontera d’autres. Vous ne les lirez qu’ici. Nous n’en ferons pas un roman, mais les Réunionnais sauront ce que font leurs représentants, en cet An II de l’ère « bat’karé ».

G.G.-L.


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