Edito

Ericka Bareigts et Monique Orphé mauvais exemples de la moralisation de la vie politique

J.B. / 15 juin 2017

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« Si une loi est bonne pour La Réunion je la voterai, si elle n’est pas bonne pour La Réunion, je m’y opposerai », c’est en substance le mot d’ordre de candidats qui aspirent à devenir députés ou à le rester. Au moment où est déposé sur le bureau du Sénat le projet de loi sur la moralisation politique, un tel mot d’ordre interpelle.

En effet, les candidats qui s’expriment de la sorte veulent siéger dans le groupe de La République en Marche, ou alors disent qu’ils voteront la confiance au gouvernement d’Edouard Philippe. Autrement dit, ils se préparent à faire partie d’une majorité parlementaire annoncée comme la plus pléthorique depuis la création de la 5e République, ce dont ils comptent bien tirer quelques avantages.

Il est intéressant de confronter cette affirmation de députés sortants « macrocompatibles » avec l’épreuve des faits. Quand François Hollande est élu en 2012, il prétend ceci : « mon ennemi, c’est la finance ». Cela se déclinait dans un programme qui se voulait progressiste. C’est donc sur cette base qu’il a été élu président de la République et que dans la foulée les électeurs lui ont donné une majorité à l’Assemblée nationale.

Mais dès le début, la finance a été protégée. Ce fut le cas notamment lors du vote de budget d’austérité successifs. Au final, les 5 années de gouvernement socialiste n’ont fait que poursuivre la politique menée par celle de l’UMP au cours des 5 années précédentes avec quelques aménagements.

Pour La Réunion, le résultat de cette politique a été l’augmentation du chômage et la baisse du pouvoir d’achat de la population. En effet, la lutte des Réunionnais aux côtés de la population avait permis d’arracher une hausse des salaires de 150 euros pour les travailleurs qui gagnait un salaire inférieur à 1,4 SMIC, c’était le RSTA et la prime COSPAR. Une des mesures phares de l’ancienne majorité a été la suppression de cet acquis. Elle s’est concrétisée par le vote du Budget correspondant. Ericka Bareigts et Monique Orphé étaient membres de la majorité parlementaire, elles ont voté pour le budget en question et donc pour une baisse de salaire de 150 euros imposée à des dizaines de milliers de travailleurs réunionnais. La Réunion a perdu 10 millions d’euros par an dans cette affaire.

La fin du mandat de François Hollande a été marquée par l’adoption de la loi El-Khomri. Comme en France, ce projet de loi a suscité une large opposition à La Réunion. Ce n’était que justice, car ce texte visait à remettre en cause également de précieux acquis sociaux. Comme le gouvernement a choisi d’utiliser l’article 49-3 de la Constitution pour faire adopter ce texte, il suffit de noter les noms des députés de La Réunion qui ont voté contre la motion de censure pour y trouver ceux qui étaient pour l’adoption de ce texte. Parmi eux, Ericka Bareigts et Monique Orphé figurent dans cette liste.

Il est incontestable que dans ces deux exemples, le gouvernement a fait passer des mesures qui n’étaient pas bonnes pour La Réunion. Mais deux députées candidates à leur réélection ont choisi de voter pour au nom de la discipline du groupe parlementaire majoritaire auquel elles appartenaient.

Aussi, entre soutenir le gouvernement ou défendre les Réunionnais, elles ont choisi la première possibilité. Comme elles veulent siéger dans la future majorité parlementaire, il n’y a donc aucune illusion à se faire sur leur attitude future si par malheur elles étaient réélues. Autrement dit, leurs actes montrent qu’elles mentent aux électeurs. C’est une attitude qui bat en brèche toute volonté de moraliser la vie politique car des citoyens donnent leurs voix à des candidats qui n’appliquent pas le programme qu’ils promettent. Comment ces candidats peuvent-ils alors oser parler de moralisation de la vie politique ?

J.B.


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