Edito

Et pour quelques billets (d’avion) de plus…

Geoffroy Géraud-Legros / 12 novembre 2010

C’est lorsque la jeunesse ne crie plus sa révolte, écrivait le poète, que le monde se met à trembler. Les mauvaises langues qui disaient la jeunesse réunionnaise atone, sans perspective et décervelée en seront pour leurs frais : il y a quelques jours à peine, les jeunes ont montré leur combattivité et leur intelligence vis-à-vis des grands problèmes sociaux en prenant part aux luttes pour l’emploi et pour la retraite. Le mouvement dirigé contre la réforme Woerth-Sarkozy a été dynamisé par l’afflux de lycéens au sein des cortèges de manifestants.
Cette semaine, les jeunes diplômés sont à leur tour montés au créneau, dénonçant un comportement injuste sur le plan économique et dangereux pour la démocratie : l’ingérence de la Région Réunion dans les critères scientifiques d’attribution des bourses de thèses.

Fait sans précédent, les conseillers régionaux, dont M. Cadet, qui a montré un visage inattendu de réactionnaire patenté, ont déclassé les étudiants et les sujets éligibles à un financement doctoral… pourtant dûment admis et validé par la commission de spécialistes. Ce choix des élus s’est exercé au bénéfice d’autres problématiques de recherche et d’autres étudiants, pourtant moins bien notés par les universitaires.

Choix à forte coloration idéologique : l’un des sujets recalé présenté par l’une des étudiantes les plus brillantes était consacré à « l’identité réunionnaise ». Deux mots qui, mis côte à côte, suffisent à faire entrer en sarabande les occupants de la pyramide inversée, dont l’une, chargée de 2.000 bus fantômes, croit que les bertels se mangent, et l’autre, députée bombardée à défaut d’être élue, inonde les journaux de courriers contre la langue créole.

En plus d’être rétrograde et arbitraire, la décision de la direction régionale est franchement mesquine : au lieu de priver les plus méritants pour donner l’argent à d’autres, Didier Robert et ses amis auraient fort bien pu créer de nouvelles bourses, évitant ainsi de dépouiller les étudiants distingués par l’université réunionnaise. Il leur aurait suffi de prendre sur les fonds, apparemment colossaux, qu’ils consacrent à aller « bat’ carré » en Chine, en Australie, en France et un peu partout, à faire voyager leurs proches et à s’empiffrer de petits fours aux quatre coins du monde.

G.G.-L.


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