Edito

Et si les ex-ARAST occupaient le siège de l’AGS ?

Geoffroy Géraud-Legros / 3 septembre 2010

Dégoût et révolte. Quels autres sentiments pourrait susciter la nouvelle dérobade de l’AGS, face aux demandes des travailleuses de l’ARAST ? Il y a trois jours, son dirigeant concédait du bout des lèvres qu’il « ne s’opposerait pas » au paiement des indemnités dues à 30 anciennes salariées de l’association effondrée. Et pour cause : la décision de justice rendue par les Prud’hommes de Saint-Denis étant exécutoire, l’AGS n’a pas le choix. Elle n’a pas manqué d’ajouter qu’elle est « consciente » de la souffrance des anciennes salariées l’association.

Baratin. Face aux 64 ex-ARAST du Sud qui réclament à leur tour ce qui leur est dû, l’AGS brandit exactement le même argument que celui qui fut rejeté le 23 août dernier à Saint-Denis. Pour éviter de mettre la main à la poche, l’assureur se défausse encore et toujours sur le Conseil général, qu’il a d’ailleurs fait citer de force lors de l’audience devant les Prud’hommes de Saint-Pierre. Une audience qui n’a finalement même pas lieu : au dernier moment, l’AGS a sorti un médiocre stratagème procédurier de son chapeau, afin de retarder encore l’examen de la requête des salariées.

En d’autres termes : derrière le service minimum des bons sentiments, l’assureur radin refuse une nouvelle fois de verser ce qu’il aurait dû régler depuis maintenant près de 10 mois.
Ce qui apparaît choquant dans cette affaire, c’est le dévoiement complet auquel on assiste de l’institution AGS. Faut-il le répéter ? Celle-ci n’est pas une entreprise privée, mais une structure dont la vocation est avant tout sociale.
Créée à la suite d’un mouvement ouvrier légendaire — la grève des horlogers “Lip” — en 1973, l’AGS est destinée à protéger les salariés lorsque l’entreprise s’effondre. Pour cela, ses fonds sont abondés par des cotisations de l’entreprise.
En clair : les dirigeants de l’AGS ne sont pas des patrons. L’argent qu’ils détiennent ne leur appartient pas. Leur rôle, encadré par la loi, est de payer les travailleurs en cas de coup dur. Point à la ligne.

Or, depuis le commencement de la crise, l’AGS affiche une arrogance de propriétaire… alors qu’en France hexagonale, ses homologues ont payé sans discussion, à la suite de faillites rigoureusement similaires. Il n’y a qu’à La Réunion que l’application du droit est empêchée par pareille mascarade.
Celle-ci pourrait encore durer très longtemps. Ceux qui la mènent ne sont ni des chômeuses en fin de droit, ni des travailleuses précaires. Ce sont des gens bien installés, qui ont assez de temps et d’ argent, pour soumettre les ex-ARAST à un harcèlement judiciaire de plusieurs années. Valérie Bénard a d’ailleurs cyniquement prévenu : les procédures pourraient durer « jusqu’à 7 ans ! ». Et l’on peut lui faire confiance pour détourner la colère des travailleuses de l’assureur sans cœur, en mettant le Conseil général sous pression… pour rien. À moins que celles-ci, excédées, ne finissent par aller occuper le siège de l’AGS pour réclamer, enfin, ce qui n’est que leur droit.

G.G.-L.


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