Edito

Faites-nous connaître ce génie méconnu

Geoffroy Géraud-Legros / 1er juin 2011

Bien entendu, on s’y attendait. Quiconque a suivi la consultation publique relative à la route littorale a pu constater que les choses ne se présentent pas bien du tout pour la Région, emberlificotée dans un projet aussi pharaonique qu’irréalisable, au moment même où ses représentants essaient de faire oublier les promesses de type "2000 bus", etc. Dès lors, nous étions quelques-uns à nous dire que lundi, la presse ne pourrait tout de même pas faire l’impasse sur la question. Et qu’elle tâcherait, comme c’est l’usage, de soulager la Région UMP - peu avare en dépenses de com’ - de la mauvaise impression qui se dégage de la consultation. Le seul suspens consistait dans le procédé : allait-on taper sur Claude Hoarau, relancer les débats débiles sur la MCUR, donner deux pages à un « historien » révisionniste ? Finalement, on a choisi un grand classique : la « une » et deux pages pour flinguer Pierre Vergès, sur la base d’un rapport de la Chambre régionale des comptes (CRC).

Dans le genre, on a vu beaucoup mieux. Là, franchement, cela sent la petite forme et le tripotage de dernière minute. Exemple – parmi tant d’autres - : en introduction, le journaliste Jean-Philippe Lutton clame que le rapport de la CRC est « confidentiel »… si confidentiel que Pierre Vergès lui-même l’a reproduit in extenso et commenté depuis près de 10 jours sur son blog. Dans le reste de l’article, pas grand-chose. Des passages du rapport collés au petit bonheur la chance, dont il ressort que Pierre Vergès était payé à hauteur de son grade administratif et que les jeunes Réunionnais embauchés à la SR21 étaient, une fois n’est pas coutume, rémunérés à hauteur de leur diplôme.

En résumé, du bidon, placé sous des intertitres « croustillants ». Tout cela pour pouvoir placarder en "une" le visage d’un adversaire politique, et faire parler d’autre chose que des infortunes des généreux mécènes.
Classique, donc. N’allons pas y passer des jours : comme le disait en son temps l’un des lyncheurs (facho) de feu Bérégovoy, la liberté d’expression, c’est aussi la liberté d’aboyer. Et les aboiements, ça n’a jamais empêché ni les caravanes, ni les trains de passer. Souhaitons, au moins, pour ceux qui s’y collent, que tout cela rapporte : les temps sont durs dans la presse, et un petit "gazon" supplémentaire est toujours bienvenu dans la gamelle.

Bien plus « fort » est un autre rapport : celui rendu par un magistrat du Tribunal administratif qui conclut, en deux coups de cuiller à pot, à l’annulation totale de la déclaration d’utilité publique du tram-train. Visiblement, le rapporteur (c’est comme cela qu’il faut dire) a trouvé qu’en ajoutant les frais de fonctionnement du chemin de fer à ceux de l’investissement, on arrivait à un projet « trop cher ». Vraiment, on est retournés par la puissance du raisonnement. Faut-il que l’itinéraire du Tram-train, véritable marathon procédural, ait été parsemé de fieffés imbéciles, à qui pareille évidence comptable avait échappé. Imbéciles aussi, les services administratifs, ramassis d’imbéciles, encore, le jury du concours international qui avait distingué le projet au titre de la « maîtrise des coûts ». Tous des ânes, qui ne voyaient pas ce qui pourtant n’a pas échappé à l’œil d’aigle de notre « rapporteur ». Qu’on nous fasse connaître ce génie méconnu ! On a de bons dossiers à lui soumettre, à commencer par celui de la fameuse route littorale. À moins, bien sûr, que notre tribunal administratif se soit laissé aller aux mêmes penchants « impressionnistes » qui lui avaient fait prendre en compte une messe noire pour annuler un scrutin il y a moins de deux ans. Impressionnisme qui n’a, bien sûr, rien de politique…

G.G.-L.


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