Edito

Farreyrol prend quelques heures de vol

Geoffroy Géraud-Legros / 21 mai 2011

« C’est quelqu’un qui m’a dit que, tu m’ai-mais en-core », susurre Mme Sarkozy-Bruni - où est-ce le contraire - à la France qui se lève tôt pour pointer aux ASSEDIC et au RSA. La première dame de France (comme on dit) aura montré que la guitare n’était pas un accessoire réservé aux gauchistes chevelus ou aux révolutionnaires sud-américains. Et que l’on peut fort bien concilier le protocole élyséen avec le taquinement régulier de l’instrument bohème.

Quatre ans, donc, qu’une pellicule de mièvrerie et un filet de mauvais goût bobo-de-droite enrobent les pilules amères administrées par l’époux de la première gratteuse de la France d’en haut aux pouilleux de la France d’en bas. La casse sociale a pour accompagnement entêtant celle des oreilles… et là aussi, malheureusement, les Réunionnais sont doublement à la peine. Car aux 5 ans de Carla qu’on a pris comme les autres en 2007, s’ajoute depuis quelques mois un an et demi de Jacqueline Farreyrol, cette musicienne de folklore devenue députée UMP que nous autres, insulaires pittoresques et chaleureux, appelons familièrement « Zaklinn ».

En un peu plus de trois décennies, « Zaklinn » a suivi sans s’égarer les tortueux chemins de la gloriole musicalo-politique, réinventant à chaque nouvelle mue l’histoire de l’étape précédente. Ainsi, elle se vantait récemment d’avoir nommé “Kalou Pilé” sa troupe de maloya des années 1970, ayant ainsi assuré, dit-elle, la promotion de notre langue. En réalité, « Zaklinn » souhaitait ardemment alors que ladite troupe se nommât « Franciséa ». Les musiciens et les danseurs durent, par vote à main levée, imposer l’emblématique “Kalou Pilé”. Vieille histoire, dira-t-on, et si certaine sensibilité allait chercher des noms de fleurs évocateurs ou préférait faire danser des maloyeuses blondes aux yeux bleus, tout cela s’inscrivait dans le contexte de politisation extrême de l’époque.

Sauf qu’en ces temps-là, Mme Farreyrol affirmait à qui voulait l’entendre son « apolitisme »… et que les propos qu’elle tient aujourd’hui sont dignes du pire de l’ultra-droite des années 1960-70. À peine arrivée au Palais Bourbon, la députée non élue de la IIIème circonscription expliquait que le travail linguistique sur la langue créole était du « KK », la Maison des civilisations et de l’unité réunionnaise (MCUR) une « bouse de boeuf », etc. Aujourd’hui, elle applaudit les propositions de Laurent Wauquiez, considérant sans doute que la moitié de ses compatriotes qui vivent en dessous du seuil de pauvreté sont des parasites… ou des gratèr’d’ki, si l’on tient demeurer dans le registre un peu pipi-caca qu’affectionne visiblement la remplaçante de Didier Robert.
En résumé, les Réunionnais qu’elle devrait représenter sont une bande de parasites qui, comme on dit en parfait patois, « disent la m… ».
Mais à l’instar de Mme Bruni, avec néanmoins les quelques heures de vol supplémentaires qui séparent Paris du Tampon, Jacqueline Farreyrol daigne néanmoins honorer les paresseux que nous sommes de son Art. Et invite journalistes et communicants à une conférence de presse « en présence de l’artiste », le 25 mai prochain, jour où, en tant que députée, elle est pourtant censée plancher dur sur la loi relative à la bioéthique. S’il aura lieu lui aussi en pleine séance parlementaire, le concert se tiendra néanmoins au cours de deux jours de battement entre deux discussions. Nul doute que Mme Farreyrol, adepte de la rigueur, « tapera » dans ses propres ressources pour venir gratter (la guitare) à La Réunion. Sans doute reste-t-il un peu d’argent du temps de “Kalou Pilé”, qui, dit-on, était une affaire qui rapportait bien…

G.G.-L.


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