Edito

Filière canne-sucre : l’aide du gouvernement insuffisante pour garantir l’avenir

J.B. / 17 décembre 2016

La défense des intérêts des travailleurs de la canne à sucre est une des premières causes soutenues par Paul Vergès lors de son retour à La Réunion en 1954. L’usine de Quartier-Français était menacée de fermeture. L’alliance entre les communistes, les ouvriers et les planteurs a permis de renverser la situation. L’usine était sauvée, et les planteurs ont alors obtenu des avancées sans précédent. Ceci explique notamment pourquoi Paul Vergès et le PCR ne cessaient d’alerter et d’appeler les travailleurs à s’organiser pour faire face aux conséquences de la fin des quotas sucriers l’année prochaine.

La question de la survie de la canne à sucre et de ses 20.000 emplois étaient donc abordées à chacune de ses interventions, que ce soit en conférence de presse ou lors des réunions publiques. Le PCR a poursuivi ce combat. C’est ce que soulignent les interventions de Gélita Hoarau au Sénat, et celle de Maurice Gironcel lors de la dernière conférence de presse du PCR.

La mobilisation a commencé à porter ses fruits. Hier, le gouvernement a déclaré avoir l’accord de l’Union européenne pour verser chaque année 38 millions d’euros de plus aux producteurs de sucre des Outre-mer. Cela correspond à une promesse faite par François Hollande en août 2014, à la suite du choix l’année précédente de la France de soutenir la décision de supprimer les quotas sucriers européens en 2017.

L’annonce d’hier faite par le gouvernement ne lève pas toutes les incertitudes. Elle confirme en effet que la France ne se battra pas pour revenir sur la suppression des quotas et des prix garantis. Elle concerne la moitié de la production sucrière réunionnaise, celle qui est vendue en vrac pour être raffinée en sucre blanc en Europe pour y être vendue. Cette partie de la production va subir l’année prochaine la concurrence du sucre de betterave, qui a un coût de production 40 % moins élevé.

Cette aide de 38 millions est un premier pas, en sachant que les producteurs de sucre de l’outre-mer estiment qu’elle devrait s’élever à 41,5 millions d’euros, précise une étude de l’IEDOM parue le mois dernier.

Par ailleurs, le communiqué ne dit rien sur le devenir de l’autre moitié de la production sucrière réunionnaise, celle qui est vendue sous forme de sucres spéciaux dits sucres roux de canne. La Réunion est un des pays au monde où le coût de production de cette marchandise est le plus élevé. Notre île est donc en concurrence avec des producteurs d’Amérique latine. L’Europe négocie avec des pays producteurs de sucre de canne des accords commerciaux. La revendication de la filière canne-sucre reprise sous forme de promesse par François Hollande en août 2014 est de demander à l’Union européenne d’exclure les sucres spéciaux des négociations commerciales. Force est de constater que cela n’a pas été le cas avec le Vietnam alors que se profilent des discussions avec d’importants pays exportateurs tels que la Thaïlande.

C’est pourquoi dans son communiqué d’hier, le PCR appelle justement à la vigilance car rien n’est joué. L’enveloppe du gouvernement devra en effet être discutée chaque année, elle ne concerne que la moitié de la production réunionnaise et est d’ores et déjà jugée insuffisante par les industriels. L’heure reste toujours à la mobilisation et à l’organisation. Fidèle à son engagement de poursuivre les combats de Paul Vergès, le PCR sera toujours en première ligne dans cette bataille.


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