Edito

George Pau-Langevin : la démission inattendue d’une ministre qui allait marquer l’histoire

J.B. / 2 septembre 2016

Mardi soir, un communiqué du ministère des Outre-mer a annoncé la démission de George Pau-Langevin, ministre des Outre-mer. C’est sans doute la première fois qu’un membre du gouvernement s’en va alors qu’il doit préparer une loi essentielle qui doit porter son nom. L’histoire aurait en effet retenu que la loi dite d’égalité réelle, fixant le cadre des 20 ans à venir pour l’outre-mer, s’appelerait la loi Pau-Langevin, de la même manière que la loi du 19 mars 1946 abolissant le statut colonial à La Réunion est passée à la postérité sous le nom de loi Vergès-Lépervanche. Il est difficile de croire que George Pau-Langevin manifestait du désintérêt pour ce projet de loi annoncé en mai 2015 par le président de la République. C’était elle qui était chargée de porter le projet.

George Pau-Langevin a été le seul membre du gouvernement à venir soutenir ce texte devant le Conseil économique social et environnemental. Lors du Conseil des ministres du 3 août dernier, c’est encore George Pau-Langevin qui avait assuré l’essentiel de la présentation du projet de loi dite d’égalité réelle devant les journalistes. Elle avait même souligné que ce texte était le plus important pour l’outre-mer depuis la loi du 19 mars 1946, c’est-à-dire la contribution législative la plus notable pour son ministère depuis 70 ans.

George Pau-Langevin avait également pris l’initiative d’écouter les remarques des personnes concernées. À sa demande, elle avait reçu une délégation du PCR lors de sa dernière visite à La Réunion. Puis elle avait inauguré un site internet chargé de recueillir des contributions. À quelques heures de sa démission, elle avait rencontré des journalistes pour leur présenter son programme de ministre des semaines à venir. Elle n’avait donc pas l’attitude d’un ministre sur le départ comme pouvait l’être Emmanuel Macron. Elle se préparait manifestement à entrer dans l’histoire avec une loi qui allait porter son nom. Qu’est-ce qui a donc bien pu se passer durant la journée de mardi pour qu’un communiqué du ministère des Outre-mer envoyé à 20 heures 30 annonce une démission totalement inattendue ?

Le sort de plus de 2,5 million de personnes va donc être entre les mains d’une ancienne secrétaire d’État encore députée voici peu, et qui se retrouve propulsée à la tête d’un ministère qui doit accomplir sa mission la plus importante depuis 70 ans. Ce changement a lieu à un mois du débat parlementaire sur un projet de loi qui engage l’avenir de tout l’outre-mer pour les 20 années à venir. Un mois, c’est un délai bien court.

J.B.


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