Edito

“Gravez mon nom sur cette terre. Qu’au paradis, je puisse m’en souvenir”.

Geoffroy Géraud-Legros / 14 mai 2011

Le 11 mai dernier, les exilés chagossiens installés à l’île Maurice ont fêté le centième anniversaire de l’une d’entre eux, née dans l’île de Salomon. Une célébration qui s’est tenue en présence d’un officiel mauricien, de Louis Olivier Bancoult, porte-parole des habitants de l’archipel déportés hors de leur terre natale et président du Groupe Réfugiés Chagos, et de la doyenne de l’île Maurice, elle aussi née dans l’archipel, sur l’île de Diego Garcia.

Le drame des Chagos est sans doute l’un des plus terribles et des plus révélateurs de ce que sont capables de faire des puissances qui se rengorgent, à la face du monde, de l’excellence de leur démocratie. Dans les années 1960, la plus moralisatrice d’entre elles, les États-Unis d’Amérique, a tout simplement fait déporter toute la population de l’archipel des Chagos, possession de l’Empire britannique, avec la complicité de la puissance coloniale alors en plein repli. La colonie mauricienne évoluant vers l’indépendance, le Royaume-Uni détacha l’archipel sous le statut de BIOT (British Indian Ocean Territory). L’île de Diego Garcia fut donnée à bail aux États-Unis, qui y installèrent un complexe militaire, aujourd’hui leur plus grande base hors le sol américain.

Les militaires exigèrent la déportation de toutes les populations locales, craignant qu’elles ne soient influencées par la « propagande communiste ». Relégués en marge de la société mauricienne, loin des préoccupations des grandes organisations globales de défense des droits des peuples, nombre de Chagossiens ne se sont pourtant jamais résignés à accepter ces jours où raconte Louis Olivier Bancoult, « ils ont quitté le paradis pour l’enfer, embarqués en cale sous la menace de fusils ». Le refus par la Chambre des Lords, en 2008, de leur permettre de revenir sur la terre où ils sont nés et dont sont issues leurs familles, n’a pas entamé un combat qui s’apparente à celui de David contre Goliath. Le Royaume-Uni n’a pas hésité à lancer le projet d’un Parc marin environnemental dans la zone maritime de l’archipel. Est-ce la brèche ?

Des voix officielles se sont élevées à Maurice contre cette menée qui instrumentalise les préoccupations écologistes pour instaurer une zone d’exclusion humaine. Un câble de WikiLeaks a par ailleurs révélé que telle était bien la motivation des autorités britanniques. Les Chagossiens trouvent à La Réunion des soutiens ; Louis Olivier Bancoult était hier dans notre île, à l’invitation du Comite Solidarité Chagos La Réunion, pour rendre compte des développements de la lutte de son peuple. Un combat qui ne peut qu’interpeller tous les Réunionnais qui désirent vivre libres, et ne peut qu’inspirer un respect immense envers ces hommes qui affrontent les plus grandes puissances de la terre. Là-bas, un pays attend. Sur l’une des cases abandonnées, cette inscription : "Gravez mon nom sur cette terre. Qu’au paradis, je puisse m’en souvenir".

G.G.-L.


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